Écrire pour produire la lumière dont j’ai besoin.

Écrire pour m’inventer, me créer, me faire exister.

Écrire pour soustraire des instants de vie à l’érosion du temps.

Écrire pour devenir plus fluide. Pour apprendre à mourir au terme de chaque instant. Pour faire que la mort devienne une compagne de chaque jour.

Écrire pour donner sens à ma vie. Pour éviter qu’elle ne demeure comme une terre en friche.

Écrire pour affirmer certaines valeurs face aux égarements d’une société malade.

la suite

  Un texte de Charles Juliet 

Jeudi 13 juillet 2006

Rimbaud le fils, de Pierre Michon

« On dit que Vitalie Rimbaud, née Cuif, fille de la campagne et femme mauvaise, souffrante et mauvaise, donna le jour à Arthur Rimbaud. On ne sait pas si d’abord elle maudit et souffrit ensuite, ou si elle maudit d’avoir à souffrir et dans cette malédiction persista ; ou si anathème et souffrance liés comme les doigts de la main en son esprit se chevauchaient, s’échangeaient, se relançaient, de sorte qu’entre ses doigts noirs que leur contact irritait elle broyait sa vie, son fils, ses vivants et ses morts. »

« On dit qu’après Bruxelles, bien avant les champs de bananes Rimbaud revint au bercail ; que dans un grenier des Ardennes, à Roche, au beau milieu de terres et de bois où les paysans de la lignée maternelle avaient couché en vaines moissons leurs vies jusqu’à Vitalie Cuif, au temps de la moisson, cet effroyable jeune homme, cette brute, ce petit cœur de fille, écrivit Une saison en enfer ; que du moins, s’il la commença ailleurs, chez Baal, dans les métropoles où la civilisation était tombée sous la patte de Baal, la patte enfumée, futuriste, il la finit ici, dans ce trou rural hautement civilisé, dans la clarté antique des moissons. »

« On ne sait pas au juste ce qu’est la Saison ; on croit savoir seulement que c’est de la haute littérature, car ces deux voix, celle du roi d’adoration et celle du prophète hors de lui, qui sont toute la littérature, y combattent. C’est plus commenté que les Evangiles ; entre le chant céleste et le blasphème, on n’y voit pas vraiment clair ; c’est un renoncement qui ne renonce pas ; le oui et le non n’y sont pas démêlés ; et penchés là-dessus avec nos calottes de soie interminablement nous démêlons ce oui de ce non. On dit que tout l’Occident y vient buter ; que toutes ses contradictions y tournent comme dans une roue de moulin, s’y brisent  comme l’eau sur la roue, en ressortent intactes comme l’eau sur la roue. Comme l’eau dans la roue, on voit bien que ça exulte ; on ne peut décider si  cela met fin à l’Occident ou une fois de plus le relance ; mais à tort ou à raison on s’accorde à penser que c’est miracle d’écrire, à dix-neuf ans, dans un grenier des Ardennes, cette poignée de feuillets hermétiques comme Jean, abrupts comme Matthieu, métèques comme Marc, policés comme Luc ; et, comme Paul de Tarse, agressivement modernes, c’est-à-dire dressés contre le Livre, rivaux du Livre. Et bien sûr il y manque quelque chose : car ils n’ont, eux, ces feuillets, d’autre modèle évangélique que soi-même, fût-il un autre, pas l’autre véritablement, le pouilleux, le glorieux de Nazareth. C’est peut-être une vieillerie en regard de l’Evangile, la Saison. Qu’importe, c’est un de nos Evangiles, à présent. Il a gagné, le petit Jérémie, il a été plus fort que la littérature tout en restant dedans, il nous tient. »

Pierre Michon

 

Rimbaud le fils

Rimbaud le frère

par Mes Dés publié dans : biographique
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Vendredi 7 juillet 2006
par Mes Dés publié dans : Lumières
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Jeudi 6 juillet 2006


A la fin tu es las de ce monde ancien

Bergère ô tour Eiffel le troupeau des ponts bêle ce matin

Tu en as assez de vivre dans l'antiquité grecque et romaine

Ici même les automobiles ont l'air d'être anciennes
La religion seule est restée toute neuve la religion
Est restée simple comme les hangars de Port-Aviation

Seul en Europe tu n'es pas antique ô Christianisme
L'Européen le plus moderne c'est vous Pape Pie X
Et toi que les fenêtres observent la honte te retient
D'entrer dans une église et de t'y confesser ce matin
Tu lis les prospectus les catalogues les affiches qui chantent tout haut
Voilà la poésie ce matin et pour la prose il y a les journaux
Il y a les livraisons à 25 centimes pleines d'aventures policières
Portraits des grands hommes et mille titres divers

J'ai vu ce matin une jolie rue dont j'ai oublié le nom
Neuve et propre du soleil elle était le clairon
Les directeurs les ouvriers et les belles sténo-dactylographes
Du lundi matin au samedi soir quatre fois par jour y passent
Le matin par trois fois la sirène y gémit
Une cloche rageuse y aboie vers midi
Les inscriptions des enseignes et des murailles
Les plaques les avis à la façon des perroquets criaillent
J'aime la grâce de cette rue industrielle
Située à Paris entre la rue Aumont-Thiéville et l'avenue des Ternes

 

Alcools
 Guillaume Apollinaire 1880-1918

par Mes Dés publié dans : modernité de la poésie
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Jeudi 6 juillet 2006

Dans les rues de la ville il y a mon amour. Peu importe où il va dans le temps divisé. Il n'est plus mon amour, chacun peut lui parler. Il ne se souvient plus ; qui au juste l'aima ?

Il cherche son pareil dans le voeu des regards. L'espace qu'il parcourt est ma fidélité. Il dessine l'espoir et léger l'éconduit. Il est prépondérant sans qu'il y prenne part.

Je vis au fond de lui comme une épave heureuse. A son insu, ma solitude est son trésor. Dans le grand méridien où s'inscrit son essor, ma liberté le creuse.

Dans les rues de la ville il y a mon amour. Peu importe où il va dans le temps divisé. Il n'est plus mon amour, chacun peut lui parler. Il ne se souvient plus ; qui au juste l'aima et l'éclaire de loin pour qu'il ne tombe pas ?


Extrait de
"Eloge d'une soupçonnée, René Char  1907-1988  

René Char lit son poème

D'autres textes 

par Mes Dés publié dans : modernité de la poésie
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Mercredi 5 juillet 2006
par Mes Dés publié dans : langage de l'image
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander

Présentation

Recherche

Recommander

Cliquez ici pour recommander ce blog
créer un photo blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus