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PARIS (Reuters) - Auteur discret et peu sensible aux honneurs, l'écrivain Julien Gracq est mort samedi à l'âge de 97 ans à Angers, dans le Maine-et-Loire.
Il avait refusé en 1951 le prix Goncourt pour "Le rivage des Syrtes" et se définissait comme une "survivance folklorique" en raison de son hostilité à l'évolution du monde de
l'édition.
"J'ignore non seulement l'ordinateur, le CD-Rom et le traitement de texte, mais même la machine à écrire, le livre de poche, et, d'une façon générale, les voies et moyens de
promotion modernes qui font prospérer les ouvrages de belles-lettres", écrivait-il dans le Monde des livres daté du 5 février 2000.
De nombreuses personnalités politiques et culturelles ont salué la mémoire de l'un des plus grands écrivains français
du XXe siècle, qui a construit "une pensée originale et une oeuvre puissante."
De son vrai nom Louis Poirier, Julien Gracq vivait retiré dans son village natal, Saint-Florent-le-Vieil, près d'Angers, et menait une vie "très éloignée des cercles littéraires
et des parades mondaines", selon son éditeur, José Corti.
Né le 27 juillet 1910, il était cependant entré de son vivant, en 1989, dans la prestigieuse collection de Gallimard, la Pléiade.
Jamais édité en poche, il est resté fidèle à des tirages limités qui ne l'ont pas empêché de jouir d'un grand prestige dans le monde des lettres.
"C'était un homme qu'une fiche signalétique n'aurait pu définir que comme moyen en tout. Il n'y a en effet rien de commun entre l'homme et l'oeuvre ; entre le Gracq réservé que
l'on rencontre, le professeur froid dont les élèves disent qu'il ne se déride jamais mais fait d'excellents cours et l'écrivain qui a miraculeusement peint les enchantements
d'Argol, les féeries de la forêt des Ardennes, les magies de la mer des Syrtes ; qui nous a rendu sensible le poids écrasant du Destin, et qui est le vrai Gracq ; celui que l'on
tiendra un jour pour l'un des plus grands écrivains de notre époque", disait José Corti.
"AU CHÂTEAU D'ARGOL"
Les bords de Loire et le pensionnat ont marqué l'enfance de Julien Gracq, qui a fréquenté un lycée de Nantes, le célèbre lycée Henri-IV à Paris puis l'École normale supérieure et
l'École libre des sciences politiques.
Agrégé d'histoire, Julien Gracq commence sa double activité en 1937. D'une part, il entreprend son premier livre, "Au château d'Argol", et, de l'autre, il commence à enseigner,
successivement aux lycées de Quimper, Nantes, Amiens, et se stabilise au lycée Claude-Bernard à Paris à partir de 1947, jusqu'à sa retraite en 1970.
En 1939, après avoir rencontré André Breton, il devient un compagnon de route du surréalisme, dont il s'éloigne cependant assez vite.
Il était professeur sous son vrai nom, Louis Poirier, et écrivain sous le pseudonyme de Julien Gracq, qui a bâti continûment une oeuvre de romancier, de poète, de nouvelliste, de
dramaturge et d'essayiste. Dix-huit livres ont été publiés chez José Corti.
Julien Gracq a publié son premier roman, "Au château d'Argol", à compte d'auteur après avoir essuyé un refus de Gallimard.
"L'ouvrage passe inaperçu et les ventes se totalisent à 150 exemplaires. Mais quelques esprits et non des moindres sont de ses rares lecteurs. Outre Edmond Jaloux et Thierry
Maulnier, ...André Breton lui-même à qui Gracq a adressé l'ouvrage", écrit sa maison d'édition.
Julien Gracq aimait le travail à l'ancienne réalisé par José Corti, à savoir des feuilletsnon massicotés que le lecteur se doit d'ouvrir au coupe-papier.
Pour Michel Tournier, il était "le plus grand écrivain français vivant" après avoir dominé pendant cinquante ans les lettres françaises.
"C'est dans ses romans et ses notes de voyages qu'il donne toute sa mesure. On ne peut jamais oublier le professeur de géographie qu'il fut professionnellement. Mais quand le
professeur Louis Poirier devient l'écrivain Julien Gracq, il s'impose comme le plus grand paysagiste que nous ayons", écrivait-il.
"J'aime chez Gracq son attention profonde aux paysages et aux topographies, à ce qu'on peut appeler 'l'esprit des lieux'. Je retrouve chez lui certaines sensations que j'ai
ressenties sans être capable de les formuler et qu'il a fixées, lui, avec son doigté et sa sensibilité d'acupuncteur", disait Patrick Modiano.
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Gérard Bon
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