La confrontation des thèses sur le déclin de l’écrit et la crise de la lecture fait apparaître une confusion : derrière ces mots, « écrit », « lecture », tout le monde n’entend pas la même chose. « Il ne faut pas assimiler lecture et livre », tient à préciser l’historien Roger Chartier, grand spécialiste du sujet : « Confondre l’un et l’autre, c’est un discours d’éditeur, mais la lecture, ce n’est pas que Proust et Braudel ! Il y avait peut-être une illusion à le penser, une forme de conformisme social. Lire, c’est faire du sens en déchiffrant des signes posés sur une surface. Défini ainsi, l’acte de lire concerne énormément d’activités – le courrier, les fax, les formulaires… Il existe des types de lecture différents, qui s’attachent à des types de texte différents. Ce qui est sûr, c’est qu’on n’a jamais autant lu. Car les sociétés modernes imposent la lecture à l’individu : les écrans qui nous entourent véhiculent de l’écrit, et on peut même dire que les technologies nouvelles ont massifié l’écrit. » Une opinion partagée par Michel Melot, ancien président du Conseil supérieur des bibliothèques : « Pour les lettrés, il n’y a de lecture que dans les livres. Mais ce n’est plus vrai. Un chiffre, par exemple : 0,4 % de la production de papier sert à fabriquer des livres, pas davantage. Il n’y a pas, aujourd’hui, à mes yeux, de scénario de rupture : l’écrit est partout, nous restons dans une civilisation de l’écrit, donc de la lecture. Et on n’en sortira pas, la lecture est hors de portée de quelque crise que ce soit. Je suis choqué quand j’entends dire que les jeunes ne lisent plus. Certes, ils lisent moins de livres, mais ils lisent quand même. »