Overblog Tous les blogs Top blogs Mode, Art & Design Tous les blogs Mode, Art & Design
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Denis Diderot :"C'est manquer son but que d'amuser et de plaire lorsqu'on peut instruire et toucher"...[ blog destiné aux élèves de Première qui veulent réviser et approfondir les objets d'étude au programme de Français.]

Publicité

Cultivons

Culture

La culture est d’abord, comme chacun sait, l’action de cultiver la terre, de tirer du sol des végétaux utiles à l’homme  : cultures florales, fruitières, maraîchères ou fourragères forment notre PAF – paysage agricole français. Cependant, le mot s’applique aussi à certains animaux tels que les huîtres, les abeilles et les enfants, pour lesquels on a sans doute jugé que le terme d’élevage ne convenait pas. La puériculture ne prétend donc pas élever nos bambous, euh, pardon, nos bambins, mais seulement les laisser pousser. On réalise même des cultures microbiennes, dont on fait du bouillon, mais pas comestible, quoique bio.
Le glissement de cette signification concrète vers un sens figuré plus intellectuel s’opère naturellement – on voit bien par quel chemin : l’esprit humain est comme un immense champ fertile où l’on peut semer des idées, développer des goûts et récolter des émotions. Selon que le cerveau sera plus ou moins irrigué, la culture sera plus ou moins intensive, faisant germer de belles pensées en évitant autant que possible salades et navets. L’esprit n’a cependant pas le monopole de la culture : on peut aussi cultiver son corps – c’est ce qu’on appelle la culture physique. Il arrive que le cerveau reste en jachère complète, on parle alors de culturisme. Le mot « culture » a la même racine que le mot « culte  », ce qui se conçoit bien : l’action de se cultiver suppose une certaine aptitude au respect, un pouvoir de vénération.
Si le culte du corps a ses adeptes, ceux qui s’adonnent à la poésie et aux arts auront plutôt un livre-culte, un film-culte, un auteur-culte.
Malgré tout, la culture ne jouit pas forcément d’un grand prestige. Certains sortent même leur revolver à sa seule évocation, soupçonnant qu’elle pourrait avoir quelque chose à voir avec la vie. Plus généralement, on oppose la culture à la nature, pour souligner parfois le caractère artificiel ou pernicieux des acquisitions humaines, face à la spontanéité du bon sauvage. Le mot allemand « Kultur » est d’ailleurs souvent traduit en français par « civilisation », et l’Histoire nous montre en effet que la culture la plus raffinée n’empêche pas qu’un profond malaise s’y installe, et la barbarie avec. D’autre part, on a pu entendre récemment aux informations que la loi sur l’ouverture des pubs londoniens suscitait le débat, parce que le fait de se saouler à mort chaque week-end faisait partie intégrante de la culture britannique. Quand les hooligans de différents pays s’affrontent, on assiste donc sans doute au fameux choc des cultures… On reproche aussi à la culture de n’être qu’un vernis masquant la sottise et la prétention –  c’est comme la confiture, moins on en a, plus on l’étale. « Tout ce qui flatte le plus notre vanité n’est fondé que sur la culture, que nous méprisons », écrit Vauvenargues. La culture intensive d’un vaste champ, l’engrangement de nombreux savoirs, autrement appelée « érudition », tend par exemple à l’épuisement. L’érudit, reconnaissable à son teint d’endive parce que, comme elle, il ne se cultive pas à l’air libre, a mauvaise presse. Maintenant, quand on dit de quelqu’un : « Oui, il est très cultivé  », c’est à peu près comme de concéder qu’« il est gentil » – bref, un abruti fini. De nos jours, on pratique plutôt la monoculture à rendement immédiat et à rotation rapide : on cultive son réseau, sa forme ou son look, c’est la culture pub.
Mais alors, finirons-nous desséchés sur pied dans un monde inculte ? Comment garder l’âme verte et l’esprit fécond, croiser l’éthique et l’esthétique pour garantir une vaste, une franche culture ? C’est très simple : qu’on soit génie en herbe, graine d’artiste, jeune pousse ou belle plante – avec pour terreau la mémoire, la curiosité, l’ardeur –, secret ou bien ouvert à tous vents, il faut cultiver son jardin. Allez, pas d’hésitation : Voltaire, c’est culte !
 
Camille Laurens
Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
M
Elle n'est pas unique la culture ...<br /> Ils sont nombreux et riches les jardins ...<br /> Travaillez prenez de la peine
Répondre
B
C'est à se demader qu'est ce que la vraie culture ...
Répondre