Overblog Tous les blogs Top blogs Mode, Art & Design Tous les blogs Mode, Art & Design
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Denis Diderot :"C'est manquer son but que d'amuser et de plaire lorsqu'on peut instruire et toucher"...[ blog destiné aux élèves de Première qui veulent réviser et approfondir les objets d'étude au programme de Français.]

Publicité

Egalité des chances, inégalité des malchances,

Point de vue LE MONDE | 27.10.05 | 13h07  •  Mis à jour le 27.10.05 | 13h08

Egalité des chances, inégalité des malchances,

par Gil Ben Aych  écrivain, professeur de philosophie au lycée Guillaume-Apollinaire à Thiais  

 

Le gouvernement mis en place après le référendum du 29 mai 2005 est doté d'un ministère nouveau, baptisé de "la promotion de l'égalité des chances", voulu par M. de Villepin et dirigé par M. Begag, deux écrivains. Je voudrais attirer l'attention sur les absurdités sémantiques, et donc politiques, contenues dans cet intitulé ministériel et cette expression, typiquement républicains.  

 

En premier lieu, il convient de constater qu'en parlant de "promouvoir" l'égalité, principe de droit républicain, le souverain reconnaît que ce droit n'est pas un principe actif, mais un objectif à atteindre, une éventualité, une utopie réelle, une chimère ressassée depuis deux cents ans. En outre, on oublie de créer un "ministère de la promotion de la liberté des chances" et un "ministère de la promotion de la fraternité des chances", pour être vraiment complètement républicain. Force est aussi de réaliser que la différence entre un bourgeois et un prolétaire de 1848 était moins grande que celle qui existe aujourd'hui entre Bernard Arnault et un sans domicile fixe (SDF) de l'avenue Foch à Paris ou un ouvrier du textile chinois à Shanghai, en Chine ! Après deux cents ans, la promotion est régressive !  

 

En deuxième lieu, soyons concret et demandons-nous s'il y a réellement, à proprement parler, "inégalité" entre le lycée Marcel-Cachin à Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis) et l'Ecole alsacienne à Paris ou le lycée parisien Henri-IV ? Non. Car dans les trois cas nous avons des professeurs du service public (égalité), les mêmes programmes (égalité) et les mêmes sujets d'examens (égalité). Qu'est-ce à dire ? Tout simplement qu'il y a une école publique riche (avec ou sans fonds privés en plus) et une école publique pauvre (avec fonds privés en moins), parce qu'il y a un public riche et un public pauvre, et que le public, le peuple, la population n'est pas "inégale", mais différente, divisée, différenciée. Et c'est justement parce que ce public est divisé en fait entre riches et pauvres qu'on proclame ­ déclaration, pétition ­ son égalité en droit, sur le papier, dans la Constitution et pour la forme ! En souhaitant qu'elle s'accomplisse un beau jour républicain.  

 

En troisième lieu, il est notable que le thème de l'"égalité des chances" ressort régulièrement sous la forme du refrain de son ultime "application", enfin advenue, de sa réalisation jusque-là ratée mais désormais possible, Jérusalem enfin atteinte, messie républicain. Or l'égalité des chances est inapplicable parce qu'elle n'est qu'un mot, une phrase, une déclaration et non une réalité, un fait vécu. Et elle n'est qu'un mot parce que cette expression absurde a une fonction idéologique décisive en République : remplacer la chose par le mot, remplacer le fait par l'espoir, le réel par l'idéal, la vie par le droit, l'aujourd'hui prosaïque par le lendemain enchanté. Parce que là où il y a égalité, donc droit, par définition, il n'y a pas chance, donc aléa ; et que là où il y a chance, aléa, par définition aussi il n'y a pas égalité, donc droit, mais lot, gros lot ou lot de consolation, chance ou malchance.  

 

Enfin, nous dirons que les partisans du concept de l'"égalité des chances" devraient réfléchir au fait que le mot "chance" est un mot qui induit une sociologie non déterministe, donc une antisociologie, et qu'il est non scientifique. Il relève d'un monde où l'on joue (spéculation) et où l'on mise (loto ­ – Bourse du pauvre), et même d'une problématique de la voyance (destination) qui suppose une épistémologie obscurantiste et irrationnelle.  

 

Le concept d'"égalité des chances" est d'ordre magique, puisque l'égalité étant de droit et non de fait, en ajoutant "des chances" à égalité, en voulant égaliser des chances, on veut de l'eau pas mouillée, on veut le cercle carré, on "chancise" l'égalité, on la nie, reconnaissant qu'un droit n'est qu'un droit (un principe) et que dans la réalité c'est la "chance" qui décide, détermine la fortune ou le sort de chacun ; on reconnaît aussi que le fait de chacun dépend de la "chance", en faisant mine d'ignorer les raisons pour lesquelles le public est ou riche (chance) ou pauvre (malchance). Alors que les déterminations de la richesse et de la pauvreté, de la culture et de l'inculture, sont par ailleurs parfaitement connues et repérables scientifiquement, depuis deux cents ans justement, depuis la naissance et le développement des sciences humaines, depuis l'avènement républicain précisément. CQFD. Il y a deux synonymes au mot "chance" : la fortune et le sort.

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
M
Merci pour ton lien, tu rejoins ce que l on disait à propos de l inne et l acquis mais en meme temps je veux croire en cette chimere, croire que si elle n existe pas encore aujourd hui elle peut exister demain....Je viens d un milieu populaire et une rencontre , celle avec une ecrivain, m a fait croire en moi, m a fait croire que je pouvais aller à l universite, il est vrai que j ai du etudier sans doute plus que certains faute d acquis mais les bourses de l Etat m ont permis d acceder à ces etudes...alors oui peut etre l egalite des chances n existe pas dans les insitutions mais on peut avoir la chance de rencontrer une aide, un appui, quand j enseignais, qu un etudiant de bnalieu me disait grace à vous j ai mis les pieds pour la premiere fois dans une bibliotheque c etait pour moi une petite victoire voilà...
Répondre
M
yes !