Denis Diderot :"C'est manquer son but que d'amuser et de plaire lorsqu'on peut instruire et toucher"...[ blog destiné aux élèves de Première qui veulent réviser et approfondir les objets d'étude au programme de Français.]
Nous avons vu ce spectacle : Forum théâtral :
La Vérité de Jean-Marie Piemme
La première expérience s’est déroulée dans le cadre de notre résidence au Théâtre Universitaire de Nantes, scène conventionnée. Le T.U. a été central dans la production, la diffusion et la coordination de La Vérité. Il a été le producteur délégué de l’opération. Il a construit la tournée grâce à son réseau d’enseignants-relais. Sa directrice, Catherine Bizouarn, connaît la nébuleuse des jeunes troupes de la Région. C’est elle qui nous a mis en contact le Théâtre des Cerises.
Le Théâtre des Cerises est constitué d’une quinzaine d’acteurs, pour la plupart d’anciens étudiants du conservatoire de Nantes. Certains sont aussi musiciens. Plusieurs possèdent aussi une expérience d’intervention en milieu scolaire. L’équipe est soudée, volontaire, ambitieuse. Plusieurs spectacles professionnels avaient été faits (dont Le Moine). La moyenne d’âge : 25 ans.
Pour écrire le texte de cette première expérience, j’ai demandé à Jean Marie Piemme, pédagogue, dramaturge et auteur. Depuis plusieurs années Jean-Marie Piemme développe un type d’écriture exigeant, « épique », dans la lignée de Brecht et de Müller : pratiquant la forme brève, préférant le narratif au dramatique, brouillant les cartes de la psychologie du personnages, plaçant l’acteur dans une position de dramaturge aussi bien que d’interprète. Son intérêt se portent particulièrement sur des sujets sociaux contemporains.
Jean-Marie a été frappé par la fausse agression d’une jeune femme dans le RER. Ce fait divers sur fond d’antisémitisme, d’acte barbare, a été monté en épingle par les médias, puis s’est avéré creux après que la jeune femme eut avoué son mensonge, laissant apparaître les erreurs d’appréciation hâtives et leurs conséquences.
La Vérité raconte comment les médias « gonflent » le réel, le transforment en spectacle à des fins simplificatrices et moralisantes. La pièce met en scène le tournage d’un « reality show », où on filme la reconstitution d’un fait divers : l’agression d’un jeune homme par le mari de sa maîtresse. Les rôles sont tenus par les acteurs du drame. On voit la réalisatrice de ce film s’arranger pour rendre « spectaculaire » ce qu’elle qualifie de banal : au lieu de la cave sordide où s’est passée l’agression, elle filme au milieu d’une fête foraine ; elle met en scène le combat de la victime et du bourreau, en affublant le premier de signes homosexuels et juifs, transformant ainsi l’agression en acte antisémite et homophobe.
La pièce adopte une forme complexe. L’acteur doit faire face à différents niveaux de jeu : il est soit un narrateur qui raconte cette histoire (ainsi des didascalies sont dites et non jouées), soit le personnage qui raconte au passé l’action à laquelle il a participé, soit le personnage qui joue, ou rejoue son drame devant nous… Certaines répliques ne sont pas distribuées : charge à nous de le faire. Si la pièce utilise principalement le registre réaliste, l’auteur a cependant recours au fantastique : un nuage prend forme humaine, c’est l’homme dans les nuages qui vient commenter l’action, comme un chœur antique.
Cette variété des formes est enrichie par des parties musicales. Pour les travailler, j’ai demandé à Philippe Nahon, directeur artistique et chef d’orchestre d’Ars Nova de développer avec eux pendant une journée, des jeux d’improvisation que nous pourrions réutiliser lors des représentations.
La classe de scénographie de Marcel Freydefond à l’école Nationale Supérieure d’Architecture de Nantes a réalisée la scénographie et les costumes. Quatre étudiantes ont travaillé sous le regard d’une scénographe professionnelle, Annabel Vergne, à partir d’un budget serré, pour nous faire un dispositif scénique léger, rapide à monter et adaptable au différentes configurations des classes.
La Vérité a ainsi été jouée 24 fois, dans des lycées de Pays de Loire : à Nantes, Guérande, Basse Goulaine, La Roche dur Yon. Une autre tournée est en préparation pour cette saison entre Pays de Loire et Poitou-Charentes, grâce à un axe interrégional que nous tentons de développer avec nos différents partenaires.
Après le spectacle, les lycéens se sont exprimés, soit dans la rencontre qui a suivi la représentation, soit par mail (plus efficace). Le spectacle a reçu un bon accueil. Les jeunes gens nous ont dit qu’avant de voir La Vérité, ils ne savaient pas à quoi s’attendre (nous n’avions pas voulu donner le texte en amont, vu ses difficultés de lecture), leur vision du théâtre étant dans l’ensemble catastrophique : « ringard », ennuyeux, vieillot, incompréhensible, « pas fait pour eux »… Ce n’est pas ce qu’ils ont retrouvé dans La Vérité : ils ont été sensibles à la langue qui leur parlait directement. Ils ont compris l’histoire, la multiplicité des formes n’a pas été un obstacle. Au contraire, la virtuosité des acteurs/musiciens les a touchés. Ils ont été sensibles à la proximité des acteurs (certains mails féminins ont même vanté les beautés des acteurs masculins). Nous avons eu des questions sur les métiers des théâtres. Beaucoup ont souhaité suivre le travail des Cerises.
Certains lycéens ont relevé le débat d’idée qui anime La Vérité : on a parlé de « manipulation des médias », de « désinformation » ; le thème de la Vérité/Mensonge a été relevé (faut-il toujours dire la Vérité, la Vérité est-elle un absolu ?). A notre grande surprise, le sexisme, la violence faite aux femmes, sujet mineur de la pièce mais violemment mis en scène, n’ont jamais été évoqués. Comme si c’était « normal » ou comme si la forme théâtrale que nous avions faite ne permettait pas de juger cela anormale. La seule chose qui les a vraiment gênés : une cigarette fumée par une actrice pendant la pièce. La reprise du spectacle pour cette saison devrait nous permettre de corriger certains traits.
Extrait de ce site : http://www.laspirale-jeanboillot.com/index.php?demande=actionspublics
Jean Boillot – metteur en scène et directeur artistique de la Spirale
PS : nous avons un blogue de création de la tête en bas :
http://pft-lateteenbas.hautetfort.com
Retrouvez les comédiens : http://theatredescerises.free.fr/