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Denis Diderot :"C'est manquer son but que d'amuser et de plaire lorsqu'on peut instruire et toucher"...[ blog destiné aux élèves de Première qui veulent réviser et approfondir les objets d'étude au programme de Français.]

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Objet d'étude : poésie et modernité,

Liste des documents :

Doc.1 : Les fenêtres   Le spleen de Paris  Charles Baudelaire 1869

Doc.2 : Après-midi  Plupart du temps  Pierre Reverdy 1921

Doc.3 : Tu as bien fait ?Fureur et Mystère  René Char  1948

Doc.4 : Ville    (inédit)     Tahar Ben Jelloun 2005

QUESTIONS SUR LES DOCUMENTS :      4 POINTS

1- Comment le regard du poète transforme-t-il le monde selon les poèmes de Charles Baudelaire et Pierre Reverdy ?
2- Quelles images du poète se dégagent des textes de Charles Baudelaire, René Char et Tahar Ben Jelloun?
3- Analysez dans les poèmes de Charles Baudelaire et de René Char le rythme d?une phrase évoquant le travail de création du poète.
Chaque réponse sera justifiée par des indices relevés dans les documents.


TRAVAIL D?ÉCRITURE   AU CHOIX     16 POINTS


Commentaire littéraire :

 Vous ferez le commentaire littéraire du texte de Baudelaire.

Dissertation :

Pensez-vous que les contraintes formelles* sont indispensables à la poésie ? Vous répondrez en vous appuyant sur les textes du corpus et sur les autres poèmes que vous connaissez.

* contraintes traditionnelles : disposition, rimes, mètre, etc. .

Doc.1 : Les fenêtres   Le spleen de Paris   Baudelaire 1869


                    Celui qui regarde du dehors à travers une fenêtre ouverte, ne voit jamais autant de choses que celui qui regarde une fenêtre fermée. Il n'est pas d'objet plus profond, plus mystérieux, plus fécond, plus ténébreux, plus éblouissant qu'une fenêtre éclairée d'une chandelle. Ce qu'on peut voir au soleil est toujours moins intéressant que ce qui se passe derrière une vitre. Dans ce trou noir ou lumineux vit la vie, rêve la vie, souffre la vie.

                    Par-delà des vagues de toits, j'aperçois une femme mûre, ridée déjà, pauvre, toujours penchée sur quelque chose, et qui ne sort jamais. Avec son visage, avec son vêtement, avec son geste, avec presque rien, j'ai refait l'histoire de cette femme, ou plutôt sa légende, et quelquefois je me la raconte à moi-même en pleurant.

                    Si c'eût été un pauvre vieux homme, j'aurais refait la sienne tout aussi aisément.

                    Et je me couche, fier d'avoir vécu et souffert dans d'autres que moi-même.

Peut-être me direz-vous: "Es-tu sûr que cette légende soit la vraie?" Qu'importe ce que peut être la réalité placée hors de moi, si elle m'a aidé à vivre, à sentir que je suis et ce que je suis?
 
Doc.2 : Après-midi  Plupart du temps  Pierre Reverdy 1921

(à saisir)

Doc.3 : Tu as bien fait Fureur et Mystère  René Char  1948

Tu as bien fait de partir, Arthur Rimbaud !

Tu as bien fait de partir, Arthur Rimbaud ! tes dix-huit ans réfractaires à l'amitié, à la malveillance, à la sottise des poètes de Paris ainsi qu'au ronronnement d'abeille stérile de ta famille ardennaise un peu folle, tu as bien fait de les éparpiller au vent du large, de les jeter sous le couteau de leur précoce guillotine. Tu as eu raison d'abandonner le boulevard des paresseux, les estaminets des pisse - lyres, pour l'enfer des bêtes, pour le commerce des rusés et le bonjour des simples.

Cet élan absurde du corps et de l'âme, ce boulet de canon qui atteint sa cible en la faisant éclater, oui, c'est bien là la vie d'un homme ! On ne peut pas au sortir de l'enfance, indéfiniment étrangler son prochain. Si les volcans changent peu de place, leur lave parcourt le grand vide du monde et lui apporte des vertus qui chantent dans ses plaies.
Tu as bien fait de partir, Arthur Rimbaud ! Nous sommes quelques-uns à croire sans preuve le bonheur possible avec toi.

René Char
Fureur et mystère , 1948
 

Doc.4 : Ville    (inédit)     Tahar Ben Jelloun 2005

Il ne suffit pas d'un tas de maisons pour faire une ville
Il faut des visages et des cerises
Des hirondelles bleues et des danseuses frêles
Un écran et des images qui racontent des histoires

Il n'est de ruines qu'un ciel mâché par des nuages
Une avenue et des aigles peints sur des arbres
Des pierres et des statues qui traquent la lumière
Et un cirque qui perd ses musiciens

Des orfèvres retiennent le printemps dans des mains en cristal
Sur le sol des empreintes d'un temps sans cruauté
Une nappe et des syllabes déposées par le jus d'une grenade
C?est le soleil qui s'ennuie et des hommes qui boivent

Une ville est une énigme leurrée par les miroirs
Des jardins de papier et des sources d?eau sans âme
Seules les femmes romantiques le savent
Elles s'habillent de lumière et de songe

Métallique et hautaine,
La ville secoue sa mémoire
En tombent des livres et des sarcasmes, des rumeurs et des rires
Et nous la traversons comme si nous étions éternels.

Tahar Ben Jelloun.
Paris 11 novembre 2005.       Printempsdespoètes villes

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