Écrire pour produire la lumière dont j’ai besoin.

Écrire pour m’inventer, me créer, me faire exister.

Écrire pour soustraire des instants de vie à l’érosion du temps.

Écrire pour devenir plus fluide. Pour apprendre à mourir au terme de chaque instant. Pour faire que la mort devienne une compagne de chaque jour.

Écrire pour donner sens à ma vie. Pour éviter qu’elle ne demeure comme une terre en friche.

Écrire pour affirmer certaines valeurs face aux égarements d’une société malade.

la suite

  Un texte de Charles Juliet 

Mardi 25 décembre 2007
 
23/12/07 18:11 L'écrivain Julien Gracq est mort  

PARIS (Reuters) - Auteur discret et peu sensible aux honneurs, l'écrivain Julien Gracq est mort samedi à l'âge de 97 ans à Angers, dans le Maine-et-Loire.

Il avait refusé en 1951 le prix Goncourt pour "Le rivage des Syrtes" et se définissait comme une "survivance folklorique" en raison de son hostilité à l'évolution du monde de l'édition.

"J'ignore non seulement l'ordinateur, le CD-Rom et le traitement de texte, mais même la machine à écrire, le livre de poche, et, d'une façon générale, les voies et moyens de promotion modernes qui font prospérer les ouvrages de belles-lettres", écrivait-il dans le Monde des livres daté du 5 février 2000.

De nombreuses personnalités politiques et culturelles ont salué la mémoire de l'un des plus grands écrivains français
du XXe siècle, qui a construit "une pensée originale et une oeuvre puissante."

De son vrai nom Louis Poirier, Julien Gracq vivait retiré dans son village natal, Saint-Florent-le-Vieil, près d'Angers, et menait une vie "très éloignée des cercles littéraires et des parades mondaines", selon son éditeur, José Corti.

Né le 27 juillet 1910, il était cependant entré de son vivant, en 1989, dans la prestigieuse collection de Gallimard, la Pléiade.

Jamais édité en poche, il est resté fidèle à des tirages limités qui ne l'ont pas empêché de jouir d'un grand prestige dans le monde des lettres.

"C'était un homme qu'une fiche signalétique n'aurait pu définir que comme moyen en tout. Il n'y a en effet rien de commun entre l'homme et l'oeuvre ; entre le Gracq réservé que l'on rencontre, le professeur froid dont les élèves disent qu'il ne se déride jamais mais fait d'excellents cours et l'écrivain qui a miraculeusement peint les enchantements d'Argol, les féeries de la forêt des Ardennes, les magies de la mer des Syrtes ; qui nous a rendu sensible le poids écrasant du Destin, et qui est le vrai Gracq ; celui que l'on tiendra un jour pour l'un des plus grands écrivains de notre époque", disait José Corti.


"AU CHÂTEAU D'ARGOL"


Les bords de Loire et le pensionnat ont marqué l'enfance de Julien Gracq, qui a fréquenté un lycée de Nantes, le célèbre lycée Henri-IV à Paris puis l'École normale supérieure et l'École libre des sciences politiques.

Agrégé d'histoire, Julien Gracq commence sa double activité en 1937. D'une part, il entreprend son premier livre, "Au château d'Argol", et, de l'autre, il commence à enseigner, successivement aux lycées de Quimper, Nantes, Amiens, et se stabilise au lycée Claude-Bernard à Paris à partir de 1947, jusqu'à sa retraite en 1970.

En 1939, après avoir rencontré André Breton, il devient un compagnon de route du surréalisme, dont il s'éloigne cependant assez vite.

Il était professeur sous son vrai nom, Louis Poirier, et écrivain sous le pseudonyme de Julien Gracq, qui a bâti continûment une oeuvre de romancier, de poète, de nouvelliste, de dramaturge et d'essayiste. Dix-huit livres ont été publiés chez José Corti.

Julien Gracq a publié son premier roman, "Au château d'Argol", à compte d'auteur après avoir essuyé un refus de Gallimard.

"L'ouvrage passe inaperçu et les ventes se totalisent à 150 exemplaires. Mais quelques esprits et non des moindres sont de ses rares lecteurs. Outre Edmond Jaloux et Thierry Maulnier, ...André Breton lui-même à qui Gracq a adressé l'ouvrage", écrit sa maison d'édition.

Julien Gracq aimait le travail à l'ancienne réalisé par José Corti, à savoir des feuilletsnon massicotés que le lecteur se doit d'ouvrir au coupe-papier.

Pour Michel Tournier, il était "le plus grand écrivain français vivant" après avoir dominé pendant cinquante ans les lettres françaises.

"C'est dans ses romans et ses notes de voyages qu'il donne toute sa mesure. On ne peut jamais oublier le professeur de géographie qu'il fut professionnellement. Mais quand le professeur Louis Poirier devient l'écrivain Julien Gracq, il s'impose comme le plus grand paysagiste que nous ayons", écrivait-il.

"J'aime chez Gracq son attention profonde aux paysages et aux topographies, à ce qu'on peut appeler 'l'esprit des lieux'. Je retrouve chez lui certaines sensations que j'ai ressenties sans être capable de les formuler et qu'il a fixées, lui, avec son doigté et sa sensibilité d'acupuncteur", disait Patrick Modiano.

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Gérard Bon

par L'empoisonneuse publié dans : argumentation
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Mardi 6 novembre 2007
les prix littéraires

 

Le Prix Goncourt est le plus célèbre des prix littéraires français. Il a été créé en 1896 par testament de l'historien écrivain Edmond de Goncourt (1822-1896), en mémoire de son frère Jules, et proclamé pour la première fois le 21 décembre 1903. Il récompense, selon les statuts de la Société Littéraire des Goncourt, aujourd'hui Académie Goncourt, fondée officiellement par Alphonse Daudet, exécuteur testamentaire d'Edmond de Goncourt, "le meilleur ouvrage d'imagination en prose paru dans l'année", c'est-à-dire donc presque exclusivement un roman, d'auteur français. Selon ses fondateurs, le Prix Goncourt doit récompenser "la jeunesse, l'originalité du talent, les tentatives nouvelles et hardies de la pensée et de la forme".
Sa dotation n'est que de 5.000 francs de l'époque (soit moins de 10 euros) mais le prestige du Prix est tel qu'il provoque une immense vague d'achats du livre primé -- de 300.000 à un million d'exemplaires -- et assure immédiatement la notoriété à son auteur. Le Prix Goncourt est habituellement proclamé début novembre, au restaurant Drouant (Place Gaillon, Paris) où le jury se réunit tout au long de l'année chaque premier mardi du mois pour déjeuner et choisir le lauréat à travers une série de sélections et d'éliminations. Les dix membres à vie du jury -- actuellement François Nourissier, Daniel Boulanger, Robert Sabatier, Françoise Mallet-Joris, Didier Decoin, Edmonde Charles-Roux (présidente du jury), Jorge Semprun, Michel Tournier, Bernard Pivot et Françoise Chandernagor -- se recrutent par cooptation. Le prix ne peut être décerné qu'une seule fois à un même écrivain, mais Romain Gary l'a obtenu deux fois, l'une en 1956 pour Les Racines du ciel, l'autre en 1975, sous le pseudonyme d'Émile Ajar, pour La Vie devant soi. Marcel Proust (1919), André Malraux (1933), Simone de Beauvoir (1954), Patrick Modiano (1978) ou encore Marguerite Duras (1984), ont notamment reçu le Prix Goncourt. On notera que, en un peu plus d'un siècle, deux maisons d'édition seulement, Gallimard et Grasset, se partagent plus de 60 % des Prix Goncourt.

  un regard critique 

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Mercredi 17 octobre 2007


© Bibliothèque de l'Assemblée nationale - Photo Irène Andréani

« Détruire la misère »

 

Discours à l'Assemblée nationale législative : 9 juillet 1849

 

 

 

Le discours de Victor Hugo appuie la proposition d’Armand de Melun visant à constituer un comité destiné à « préparer les lois relatives à la prévoyance et à l’assistance publique ».

_____

Je ne suis pas, messieurs, de ceux qui croient qu’on peut supprimer la souffrance en ce monde ; la souffrance est une loi divine ; mais je suis de ceux qui pensent et qui affirment qu’on peut détruire la misère.

Remarquez-le bien, messieurs, je ne dis pas diminuer, amoindrir, limiter, circonscrire, je dis détruire. Les législateurs et les gouvernants doivent y songer sans cesse ; car, en pareille matière, tant que le possible n’est pas fait, le devoir n’est pas rempli.

La misère, messieurs, j’aborde ici le vif de la question, voulez-vous savoir jusqu’où elle est, la misère ? Voulez-vous savoir jusqu’où elle peut aller, jusqu’où elle va, je ne dis pas en Irlande, je ne dis pas au Moyen Âge, je dis en France, je dis à Paris, et au temps où nous vivons ? Voulez-vous des faits ?

Il y a dans Paris, dans ces faubourgs de Paris que le vent de l’émeute soulevait naguère si aisément, il y a des rues, des maisons, des cloaques, où des familles, des familles entières, vivent pêle-mêle, hommes, femmes, jeunes filles, enfants, n’ayant pour lits, n’ayant pour couvertures, j’ai presque dit pour vêtement, que des monceaux infects de chiffons en fermentation, ramassés dans la fange du coin des bornes, espèce de  fumier des villes, où des créatures s’enfouissent toutes vivantes pour échapper au froid de l’hiver.

Voilà un fait. En voulez-vous d’autres ? Ces jours-ci, un homme, mon Dieu, un malheureux homme de lettres, car la misère n’épargne pas plus les professions libérales que les professions manuelles, un malheureux homme est mort de faim, mort de faim à la lettre, et l’on a constaté, après sa mort, qu’il n’avait pas mangé depuis six jours.

Voulez-vous quelque chose de plus douloureux encore ? Le mois passé, pendant la recrudescence du choléra, on a trouvé une mère et ses quatre enfants qui cherchaient leur nourriture dans les débris immondes et pestilentiels des charniers de Montfaucon !

Eh bien, messieurs, je dis que ce sont là des choses qui ne doivent pas être ; je dis que la société doit dépenser toute sa force, toute sa sollicitude, toute son intelligence, toute sa volonté, pour que de telles choses ne soient pas ! Je dis que de tels faits, dans un pays civilisé, engagent la conscience de la société tout entière ; que je m’en sens, moi qui parle, complice et solidaire, et que de tels faits ne sont pas seulement des torts envers l’homme, que ce sont des crimes envers Dieu !

Vous n’avez rien fait, j’insiste sur ce point, tant que l’ordre matériel raffermi n’a point pour  base l’ordre moral consolidé !

 

 

par Mes dés publié dans : argumentation
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Lundi 15 octobre 2007

Repérages des procédés de l’argumentation dans le discours de Victor Hugo

 

Victor Hugo, Discours à l'Assemblée, 30 juin 1850.

 

Victor Hugo élu député en 1848 , siège à droite,  écrit les Misérables depuis deux ans…maîtrise  avec éloquence la diversité des genres et registres…

                Figurez-vous ces caves dont rien de ce que je vous ai dit ne peut donner l'idée ; figurez-vous ces cours qu'ils appellent des courettes, resserrées entre de hautes masures, sombres, humides, glaciales, méphitiques1, pleines de miasmes stagnants, encombrées d'immondices, les fosses d'aisance à côté des puits !

                Hé mon Dieu ! ce n'est pas le moment de chercher des délicatesses de langage !

                Figurez-vous ces maisons, ces masures habitées du haut en bas, jusque sous terre,

 les eaux croupissantes filtrant à travers les pavés dans ces tanières où il y a des créatures humaines. Quelquefois jusqu'à dix familles dans une masure, jusqu'à dix personnes dans une chambre, jusqu'à cinq ou six dans un lit, les âges et les sexes mêlés, les greniers aussi hideux que les caves, des galetas2 où il entre assez de froid pour grelotter et pas assez d'air pour respirer !

                Je demandais à une femme de la rue du Bois-Saint-Sauveur : pourquoi n'ouvrez-vous pas les fenêtres ? - elle m'a répondu : - parce que les châssis sont pourris et qu'ils nous resteraient dans les mains. J'ai insisté : - vous ne les ouvrez-donc jamais ? - Jamais, monsieur !

                Figurez-vous la population maladive et étiolée3, des spectres au seuil des portes, la virilité retardée, la décrépitude précoce, des adolescents qu'on prend pour des enfants, de jeunes mères qu'on prend pour de vieilles femmes, les scrofules, le rachis, l'ophtalmie, l'idiotisme4, une indigence inouïe, des haillons partout, on m'a montré comme une curiosité une femme qui avait des boucles d'oreilles d'argent !

 


             
     
Et au milieu de tout cela le travail sans relâche, le travail acharné, pas assez d'heures de sommeil, le travail de l'homme, le travail de la femme, le travail de l'âge mûr, le travail de la vieillesse, le travail de l'enfance, le travail de l'infirme, et souvent pas de pain, et souvent pas de feu, et cette femme aveugle, entre ses deux enfants dont l'un est mort et l'autre va mourir, et ce filetier5 phtisique6 agonisant, et cette mère épileptique qui a trois enfants et qui gagne trois sous par jour ! Figurez-vous tout cela et si vous vous récriez, et si vous doutez, et si vous niez...

                Ah ! Vous niez ! Eh bien, dérangez-vous quelques heures, venez avec nous, incrédules,

et nous vous ferons voir de vos yeux, toucher de vos mains, les plaies, les plaies saignantes de ce Christ7 qu'on appelle le peuple !

 

Anaphore emploi du démonstratif


Accumulation d’adjectifs –
parallélisme de GN

Chute de la phrase : insistance sur l’hygiène déplorable- rythme croissant de la phrase

Implication du locuteur / un poète qui renonce au langage soutenu-  pour souligner le prosaïsme de la misère

Insistance / reprise sonore mais avec un terme péjoratif
Compléments de lieu qui évoquent l’expansion de la misère – hyperbole ?
Appel au registre fantastique
             
Le regard se déplace – reprise des chiffres et de la préposition qui marque l’étonnement

 Antithèse excès de misère/ manque d’hygiène rythme régulier 8 syllabes

Implication du locuteur/ le poète enquête sur les lieux du drame – discours direct rapporté – demande qu’on lui précise les faits

Reprise de l’adverbe jamais

Reprise de la confusion qu’entraîne la misère- perte d’identité et de dignité utilisation des antithèses /anomalie dans le temps comme dans l’espace

 Accumulation de maladies liées aux carences que provoque la misère /rythme binaire, hyperbole , expansion de l’espace

Hypotypose destinée à frapper le lecteur
Rythme croissant de la phrase


Stratégie de la persuasion : ces misérables travaillent

la misère :  même condition quel que soit l’âge et le sexe

utilisation de l’alexandrin au rythme régulier
antithèse – registre tragique ? destin inéluctable
parallélisme, rimes
reprise du chiffre pour marquer l’injustice de cette rémunération
gradation d’hypothèses qui dénoncent  la réaction des auditeurs – le déni de la misère

 utilisation des phrases exclamatives et injonctives
gradation de « figurez-vous » à « dérangez-vous » de l’éventualité au constat
utilisation du pléonasme pour inciter à la prise de conscience
métaphore référence à la Passion du Christ – le peuple sacrifié – registre pathétique, appel aux sentiments chrétiens, à la vertu de charité

  et pour approfondir

par L'empoisonneuse publié dans : argumentation
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Lundi 15 octobre 2007


©
Assemblée nationale


ce qu'il aurait voulu faire aussi

Victor HUGO
(26/02/1802 - 22/05/1885)

 

ÉTAT CIVIL
   M. Victor HUGO
 
 
   Né le 26/02/1802 à BESANÇON (DOUBS - FRANCE)  
   Décédé le 22/05/1885 à PARIS (PARIS - FRANCE)  
 
 ASSEMBLÉE NATIONALE OU CHAMBRE DES DÉPUTÉS
  13/06/1848-12/ 05/1849 (Assemblée nationale constituante) et 13/05/1849 - 02/12/1851 : Seine  
  08/02/1871 - 01/03/1871 : Seine
 
 SÉNAT OU CHAMBRE DES PAIRS
   de 1845 à 1848 et de 1876 à 1885  
 
par L'empoisonneuse publié dans : argumentation
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