Écrire pour produire la lumière dont j’ai besoin.

Écrire pour m’inventer, me créer, me faire exister.

Écrire pour soustraire des instants de vie à l’érosion du temps.

Écrire pour devenir plus fluide. Pour apprendre à mourir au terme de chaque instant. Pour faire que la mort devienne une compagne de chaque jour.

Écrire pour donner sens à ma vie. Pour éviter qu’elle ne demeure comme une terre en friche.

Écrire pour affirmer certaines valeurs face aux égarements d’une société malade.

la suite

  Un texte de Charles Juliet 

Mercredi 17 octobre 2007


© Bibliothèque de l'Assemblée nationale - Photo Irène Andréani

« Détruire la misère »

 

Discours à l'Assemblée nationale législative : 9 juillet 1849

 

 

 

Le discours de Victor Hugo appuie la proposition d’Armand de Melun visant à constituer un comité destiné à « préparer les lois relatives à la prévoyance et à l’assistance publique ».

_____

Je ne suis pas, messieurs, de ceux qui croient qu’on peut supprimer la souffrance en ce monde ; la souffrance est une loi divine ; mais je suis de ceux qui pensent et qui affirment qu’on peut détruire la misère.

Remarquez-le bien, messieurs, je ne dis pas diminuer, amoindrir, limiter, circonscrire, je dis détruire. Les législateurs et les gouvernants doivent y songer sans cesse ; car, en pareille matière, tant que le possible n’est pas fait, le devoir n’est pas rempli.

La misère, messieurs, j’aborde ici le vif de la question, voulez-vous savoir jusqu’où elle est, la misère ? Voulez-vous savoir jusqu’où elle peut aller, jusqu’où elle va, je ne dis pas en Irlande, je ne dis pas au Moyen Âge, je dis en France, je dis à Paris, et au temps où nous vivons ? Voulez-vous des faits ?

Il y a dans Paris, dans ces faubourgs de Paris que le vent de l’émeute soulevait naguère si aisément, il y a des rues, des maisons, des cloaques, où des familles, des familles entières, vivent pêle-mêle, hommes, femmes, jeunes filles, enfants, n’ayant pour lits, n’ayant pour couvertures, j’ai presque dit pour vêtement, que des monceaux infects de chiffons en fermentation, ramassés dans la fange du coin des bornes, espèce de  fumier des villes, où des créatures s’enfouissent toutes vivantes pour échapper au froid de l’hiver.

Voilà un fait. En voulez-vous d’autres ? Ces jours-ci, un homme, mon Dieu, un malheureux homme de lettres, car la misère n’épargne pas plus les professions libérales que les professions manuelles, un malheureux homme est mort de faim, mort de faim à la lettre, et l’on a constaté, après sa mort, qu’il n’avait pas mangé depuis six jours.

Voulez-vous quelque chose de plus douloureux encore ? Le mois passé, pendant la recrudescence du choléra, on a trouvé une mère et ses quatre enfants qui cherchaient leur nourriture dans les débris immondes et pestilentiels des charniers de Montfaucon !

Eh bien, messieurs, je dis que ce sont là des choses qui ne doivent pas être ; je dis que la société doit dépenser toute sa force, toute sa sollicitude, toute son intelligence, toute sa volonté, pour que de telles choses ne soient pas ! Je dis que de tels faits, dans un pays civilisé, engagent la conscience de la société tout entière ; que je m’en sens, moi qui parle, complice et solidaire, et que de tels faits ne sont pas seulement des torts envers l’homme, que ce sont des crimes envers Dieu !

Vous n’avez rien fait, j’insiste sur ce point, tant que l’ordre matériel raffermi n’a point pour  base l’ordre moral consolidé !

 

 

par Mes dés publié dans : argumentation
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Lundi 15 octobre 2007

Repérages des procédés de l’argumentation dans le discours de Victor Hugo

 

Victor Hugo, Discours à l'Assemblée, 30 juin 1850.

 

Victor Hugo élu député en 1848 , siège à droite,  écrit les Misérables depuis deux ans…maîtrise  avec éloquence la diversité des genres et registres…

                Figurez-vous ces caves dont rien de ce que je vous ai dit ne peut donner l'idée ; figurez-vous ces cours qu'ils appellent des courettes, resserrées entre de hautes masures, sombres, humides, glaciales, méphitiques1, pleines de miasmes stagnants, encombrées d'immondices, les fosses d'aisance à côté des puits !

                Hé mon Dieu ! ce n'est pas le moment de chercher des délicatesses de langage !

                Figurez-vous ces maisons, ces masures habitées du haut en bas, jusque sous terre,

 les eaux croupissantes filtrant à travers les pavés dans ces tanières où il y a des créatures humaines. Quelquefois jusqu'à dix familles dans une masure, jusqu'à dix personnes dans une chambre, jusqu'à cinq ou six dans un lit, les âges et les sexes mêlés, les greniers aussi hideux que les caves, des galetas2 où il entre assez de froid pour grelotter et pas assez d'air pour respirer !

                Je demandais à une femme de la rue du Bois-Saint-Sauveur : pourquoi n'ouvrez-vous pas les fenêtres ? - elle m'a répondu : - parce que les châssis sont pourris et qu'ils nous resteraient dans les mains. J'ai insisté : - vous ne les ouvrez-donc jamais ? - Jamais, monsieur !

                Figurez-vous la population maladive et étiolée3, des spectres au seuil des portes, la virilité retardée, la décrépitude précoce, des adolescents qu'on prend pour des enfants, de jeunes mères qu'on prend pour de vieilles femmes, les scrofules, le rachis, l'ophtalmie, l'idiotisme4, une indigence inouïe, des haillons partout, on m'a montré comme une curiosité une femme qui avait des boucles d'oreilles d'argent !

 


             
     
Et au milieu de tout cela le travail sans relâche, le travail acharné, pas assez d'heures de sommeil, le travail de l'homme, le travail de la femme, le travail de l'âge mûr, le travail de la vieillesse, le travail de l'enfance, le travail de l'infirme, et souvent pas de pain, et souvent pas de feu, et cette femme aveugle, entre ses deux enfants dont l'un est mort et l'autre va mourir, et ce filetier5 phtisique6 agonisant, et cette mère épileptique qui a trois enfants et qui gagne trois sous par jour ! Figurez-vous tout cela et si vous vous récriez, et si vous doutez, et si vous niez...

                Ah ! Vous niez ! Eh bien, dérangez-vous quelques heures, venez avec nous, incrédules,

et nous vous ferons voir de vos yeux, toucher de vos mains, les plaies, les plaies saignantes de ce Christ7 qu'on appelle le peuple !

 

Anaphore emploi du démonstratif


Accumulation d’adjectifs –
parallélisme de GN

Chute de la phrase : insistance sur l’hygiène déplorable- rythme croissant de la phrase

Implication du locuteur / un poète qui renonce au langage soutenu-  pour souligner le prosaïsme de la misère

Insistance / reprise sonore mais avec un terme péjoratif
Compléments de lieu qui évoquent l’expansion de la misère – hyperbole ?
Appel au registre fantastique
             
Le regard se déplace – reprise des chiffres et de la préposition qui marque l’étonnement

 Antithèse excès de misère/ manque d’hygiène rythme régulier 8 syllabes

Implication du locuteur/ le poète enquête sur les lieux du drame – discours direct rapporté – demande qu’on lui précise les faits

Reprise de l’adverbe jamais

Reprise de la confusion qu’entraîne la misère- perte d’identité et de dignité utilisation des antithèses /anomalie dans le temps comme dans l’espace

 Accumulation de maladies liées aux carences que provoque la misère /rythme binaire, hyperbole , expansion de l’espace

Hypotypose destinée à frapper le lecteur
Rythme croissant de la phrase


Stratégie de la persuasion : ces misérables travaillent

la misère :  même condition quel que soit l’âge et le sexe

utilisation de l’alexandrin au rythme régulier
antithèse – registre tragique ? destin inéluctable
parallélisme, rimes
reprise du chiffre pour marquer l’injustice de cette rémunération
gradation d’hypothèses qui dénoncent  la réaction des auditeurs – le déni de la misère

 utilisation des phrases exclamatives et injonctives
gradation de « figurez-vous » à « dérangez-vous » de l’éventualité au constat
utilisation du pléonasme pour inciter à la prise de conscience
métaphore référence à la Passion du Christ – le peuple sacrifié – registre pathétique, appel aux sentiments chrétiens, à la vertu de charité

  et pour approfondir

par L'empoisonneuse publié dans : argumentation
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Lundi 15 octobre 2007


©
Assemblée nationale


ce qu'il aurait voulu faire aussi

Victor HUGO
(26/02/1802 - 22/05/1885)

 

ÉTAT CIVIL
   M. Victor HUGO
 
 
   Né le 26/02/1802 à BESANÇON (DOUBS - FRANCE)  
   Décédé le 22/05/1885 à PARIS (PARIS - FRANCE)  
 
 ASSEMBLÉE NATIONALE OU CHAMBRE DES DÉPUTÉS
  13/06/1848-12/ 05/1849 (Assemblée nationale constituante) et 13/05/1849 - 02/12/1851 : Seine  
  08/02/1871 - 01/03/1871 : Seine
 
 SÉNAT OU CHAMBRE DES PAIRS
   de 1845 à 1848 et de 1876 à 1885  
 
par L'empoisonneuse publié dans : argumentation
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Lundi 15 octobre 2007

Animations sous le Chapiteau - Film et Echanges au Théâtre Municipal - mercredi 17 octobre - 14:00 - Français

85 LA ROCHE-SUR-YON - Place Napoléon

A l’occasion de la Journée mondiale du refus de la misère

Le collectif d’association vous propose :

à 14H : des animations sous le chapiteau de la ville place Napoléon :
- atelier banderoles
- jeux animés par les associations
- contes
- tables de presse.

18h30 lancement de la soirée et collation.

20H au théâtre municipal :

- Film monté à partir de reportages sur les associations du collectif
- Echanges.

http://www.oct17.org/fr

 et pour la revue de presse.....

http://rue89.com/


tableau général




par L'empoisonneuse publié dans : premiere-aile
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