Écrire pour produire la lumière dont j’ai besoin.

Écrire pour m’inventer, me créer, me faire exister.

Écrire pour soustraire des instants de vie à l’érosion du temps.

Écrire pour devenir plus fluide. Pour apprendre à mourir au terme de chaque instant. Pour faire que la mort devienne une compagne de chaque jour.

Écrire pour donner sens à ma vie. Pour éviter qu’elle ne demeure comme une terre en friche.

Écrire pour affirmer certaines valeurs face aux égarements d’une société malade.

la suite

  Un texte de Charles Juliet 

Lundi 30 octobre 2006
 
Emprunté au bas - latin regesta, le mot registre désigne un répertoire, un catalogue. Il vient du verbe regerere, porter en arrière, ailleurs, reporter, transcrire.
Ce mot désigne dès 1559, l'étendue des moyens dont on dispose dans un certain domaine, d'abord à propos de la parole.
 
 
XVI° siècle, du latin comicus , relatif au théâtre, du grec komos , procession burlesque en l'honneur de Dionysos.
Il présente une vision de la réalité qui s'exprime par le rire.
 
Effets de disproportion, décalage, exagération, répétition, mélange de niveaux de langues, jeux de mots, allusions
 
 
1420, du latin tragicus, emprunté au grec tragoedia, de tragos, le bouc et ôdé, chant (concours en l'honneur du sacrifice d'un bouc à Délos)
Il exprime l'état de conscience de l'homme déchiré ou écrasé par des forces qui le dépassent : poids social, hérédité, inconscient, fatalité, châtiment, faute. Il suscite crainte, pitié, admiration.
 
Interrogations, antithèses, interjections
 
Vocabulaire de la fatalité, de l'enfermement, de la mort, de la disproportion, de l'impuissance, du néant
 
1495 du grec lurykos, relatif à la lyre
Il caractérise l'expression poétique, parfois exaltée, des sentiments, des émotions, des états d'âme. le lyrisme est à l'origine le chant que le poète accompagne de sa lyre, instrument de musique du dieu Apollon.
 
Marques de la première personne, phrases interrogatives, exclamatives, interrogations oratoires, interjections, apostrophes, anaphores, rythmes binaires, ternaires
 
Vocabulaire des sentiments, des émotions, de l'affectivité, du souvenir, du bonheur ou du malheur, de l'exaltation ou de la méditation, du sentiment religieux
 
XVI° siècle, du latin epicus, du grec epikos, de épos, parole.
Mis en oeuvre dans les récits d'actions héroïques présentés sur le mode du merveilleux,  il est issu de l 'épopée, récit d'exploits guerriers dans lequel le récit se confond avec la légende.
 
Hyperboles, utilisation du pluriel, ou du singulier à valeur collective, personnification d'objets ou d'abstractions, répétitions et effets d'insistance, gradations et effets d'amplification et de schématisation
 
Vocabulaire du surnaturel, du symbole, du combat, superlatifs, opposition du bien et du mal
 
XIV° siècle, du latin fantasticus, du grec phantastikos, capable de former des images, des représentations.
Il se rencontre dans les récits centrés sur l'intrusion d'éléments inexplicables et inquiétants dans la vie réelle.
 
 
Interrogations, exclamations, syntaxe perturbée, phrases inachevées, gradations, effets d'attente, de tension
 
 
Vocabulaire des perceptions, de la conscience et de l'inconscience, de l'ncertitude, de la nuit, de la peur, emploi fréquent de la première personne
 
1578, du grec polemikos, qui concerne la guerre.
Il est utilisé lorsqu'on cherche à convaincre en attaquant les idées adverses, en provoquant et au besoin, en ridiculisant l'adversaire
 
 
Apostrophes, fausses interrogations, lexique dévalorisant, connotations péjoratives, reprises parodiques de mots de l'adversaire, ironie, exagérations
 
 
1584, du latin patheticus, qui émeut, du grec, dérivé de pathos, expérience subie, malheur, émotion de l'âme.
Il se caractérise par l'expression de la tristesse et de la douleur « mise en scène » de façon à produire un intense sentiment de pitié.
 
Hyperboles, interjections, exclamations, commentaire redoublant l?émotion
 
Vocabulaire des émotions, des sensations, de l'affectivité, de la souffrance, adjectifs appréciatifs
 
1521, du latin ironicus, du grec dérivé de eirôn, qui interroge en affectant l'ignorance.
Il permet de dire par dérision le contraire de ce qu'on veut faire comprendre. L'ironie fait réagir, réfléchir et modifie les manières de penser conventionnelles
 
Antiphrases, paradoxes, oxymores, antithèses, chiasmes
Citations des propos de la personne discréditée, parfois sans guillemets
 
Vocabulaire péjoratif, utilisation d'articulations logiques ou chronologiques soulignant un raisonnement qui se veut cohérent sans l'être.
 
 
Le registre laudatif est le registre de l'éloge. Il se caractérise par les termes hyperboliques et les images valorisantes.
 
Le registre satirique concerne tous les énoncés dans lesquels on critique les défauts d'un individu ou d'un groupe que l'on tourne en ridicule. La satire cherche à emporter l'adhésion du lecteur en le faisant rire ou sourire.
Plusieurs registres peuvent coexister dans un même extrait, on peut alors vous demander d'identifier le registre dominant.
Il faut d'abord observer le genre littéraire et analyser le sens de l'extrait
 avant d'utiliser mécaniquement -je n'insulte pas la mécanique , pardon David- ces repères . 
 
 
PS : Ne confondez pas "registre d'un texte" et "registre de langue"...

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Dimanche 29 octobre 2006

Ce sont de drôl's de typ's qui vivent de leur plume
Ou qui ne vivent pas c'est selon la saison
Ce sont de drôl's de typ's qui traversent la brume
Avec des pas d'oiseaux sous l'aile des chansons

Leur âme est en carafe sous les ponts de la Seine
Les sous dans les bouquins qu'ils n'ont jamais vendus
Leur femme est quelque part au bout d'une rengaine
Qui nous parle d'amour et de fruit défendu

Ils mettent des couleurs sur le gris des pavés
Quand ils marchent dessus ils se croient sur la mer
Ils mettent des rubans autour de l'alphabet
Et sortent dans la rue leurs mots pour prendre l'air

Ils ont des chiens parfois compagnons de misère
Et qui lèchent leurs mains de plume et d'amitié
Avec dans le museau la fidèle lumière
Qui les conduit vers les pays d'absurdité

Ce sont des drôl's de typ's qui regardent les fleurs
Et qui voient dans leurs plis des sourires de femme
Ce sont de drôl's de typ's qui chantent le malheur
Sur les pianos du cœur et les violons de l'âme

Leurs bras tout déplumés se souviennent des ailes
Que la littérature accrochera plus tard
A leur spectre gelé au-dessus des poubelles
Où remourront leurs vers comme un effet de l'Art

Ils marchent dans l'azur la tête dans les villes
Et savent s'arrêter pour bénir les chevaux
Ils marchent dans l'horreur la tête dans des îles

Où n'abordent jamais les âmes des bourreaux

 

Ils ont des paradis que l'on dit d'artifice
Et l'on met en prison leurs quatrains de dix sous
Comme si l'on mettait aux fers un édifice
Sous prétexte que les bourgeois sont dans l'égout ...

Léo Ferré

pssttt c'est par là

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Vendredi 27 octobre 2006

Écrire. Écrire pour obéir au besoin que j'en ai.

Écrire pour apprendre à écrire. Apprendre à parler.

Écrire pour ne plus avoir peur.

Écrire pour ne pas vivre dans l'ignorance.

Écrire pour panser mes blessures. Ne pas rester prisonnier de ce qui a fracturé mon enfance.

Écrire pour me parcourir, me découvrir. Me révéler à moi-même.

Écrire pour déraciner la haine de soi. Apprendre à m'aimer.

Écrire pour surmonter mes inhibitions, me dégager de mes entraves.

Écrire pour déterrer ma voix.

Écrire pour me clarifier, me mettre en ordre, m'unifier.

Écrire pour épurer mon oeil de ce qui conditionnait sa vision.

Écrire pour conquérir ce qui m'a été donné.

Écrire pour susciter cette mutation qui me fera naître une seconde fois.

Écrire pour devenir toujours plus conscient de ce que je suis, de ce que je vis.

Écrire pour tenter de voir plus loin que mon regard ne porte.

Écrire pour m'employer à devenir meilleur que je ne suis.

Écrire pour faire droit à l'instance morale qui m'habite.

Écrire pour retrouver - par delà la lucidité conquise - une naïveté, une spontanéité, une transparence.

Écrire pour affiner et aiguiser mes perceptions.

Écrire pour savourer ce qui m'est offert. Pour tirer le suc de ce que je vis.

Écrire pour agrandir mon espace intérieur. M'y mouvoir avec toujours plus de liberté.

Écrire pour produire la lumière dont j'ai besoin.

Écrire pour m'inventer, me créer, me faire exister.

Écrire pour soustraire des instants de vie à l'érosion du temps.

Écrire pour devenir plus fluide. Pour apprendre à mourir au terme de chaque instant. Pour faire que la mort devienne une compagne de chaque jour.

Écrire pour donner sens à ma vie. Pour éviter qu'elle ne demeure comme une terre en friche.

Écrire pour affirmer certaines valeurs face aux égarements d'une société malade.

Écrire pour être moins seul. Pour parler à mon semblable. Pour chercher les mots susceptibles de le rejoindre en sa part la plus intime. Des mots qui auront peut-être la chance de le révéler à lui-même. De l'aider à se connaître et à cheminer.

Écrire pour mieux vivre. Mieux participer à la vie. Apprendre à mieux aimer.

Écrire pour que me soient donnés ces instants de félicité où le temps se fracture, et où, enfoui dans la source, j'accède à la l'intemporel, l'impérissable, le sans-limite.

Charles Juliet

http://www.remue.net/cont/juliet.html

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Vendredi 27 octobre 2006
                         
FIGARO
Parce que vous êtes un grand seigneur, vous vous croyez un grand génie!... Noblesse, fortune, un rang, des places, tout cela rend si fier! Qu'avez-vous fait pour tant de biens ? Vous vous êtes donné la peine de naître, et rien de plus. Du reste, homme assez ordinaire; tandis que moi, morbleu! perdu dans la foule obscure, il m'a fallu déployer plus de science et de calculs pour subsister seulement, qu'on n'en a mis depuis cent ans à gouverner toutes les Espagnes : et vous voulez jouter… On vient… c'est elle… ce n'est personne. - La nuit est noire en diable, et me voilà faisant le sot métier de mari quoique je ne le sois qu'à moitié! (Il s'assied sur un banc.) Est-il rien de plus bizarre que ma destinée ? Fils de je ne sais pas qui, volé par des bandits, élevé dans leurs moeurs, je m'en dégoûte et veux courir une carrière honnête; et partout je suis repoussé ! J'apprends la chimie, la pharmacie, la chirurgie, et tout le crédit d'un grand seigneur peut à peine me mettre à la main une lancette vétérinaire ! - Las d'attrister des bêtes malades, et pour faire un métier contraire, je me jette à corps perdu dans le théâtre : me fussé-je mis une pierre au cou ! Je broche une comédie dans les moeurs du sérail. Auteur espagnol, je crois pouvoir y fronder Mahomet sans scrupule : à l'instant un envoyé… de je ne sais où se plaint que j'offense dans mes vers la Sublime-Porte, la Perse, une partie de la presqu'île de l'Inde, toute l'Egypte, les royaumes de Barca, de Tripoli, de Tunis, d'Alger et de Maroc : et voilà ma comédie flambée, pour plaire aux princes mahométans, dont pas un, je crois, ne sait lire, et qui nous meurtrissent l'omoplate, en nous disant : chiens de chrétiens ! - Ne pouvant avilir l'esprit, on se venge en le maltraitant. - Mes joues creusaient, mon terme était échu : je voyais de loin arriver l'affreux recors, la plume fichée dans sa perruque : en frémissant je m'évertue. Il s'élève une question sur la nature des richesses; et, comme il n'est pas nécessaire de tenir les choses pour en raisonner, n'ayant pas un sol, j'écris sur la valeur de l'argent et sur son produit net : sitôt je vois du fond d'un fiacre baisser pour moi le pont d'un château fort, à l'entrée duquel je laissai l'espérance et la liberté. (Il se lève.) Que je voudrais bien tenir un de ces puissants de quatre jours, si légers sur le mal qu'ils ordonnent, quand une bonne disgrâce a cuvé son orgueil ! Je lui dirais… que les sottises imprimées n'ont d'importance qu'aux lieux où l'on en gêne le cours; que sans la liberté de blâmer, il n'est point d'éloge flatteur; et qu'il n'y a que les petits hommes qui redoutent les petits écrits. (Il se rassied.) Las de nourrir un obscur pensionnaire, on me met un jour dans la rue; et comme il faut dîner, quoiqu'on ne soit plus en prison, je taille encore ma plume et demande à chacun de quoi il est question : on me dit que, pendant ma retraite économique, il s'est établi dans Madrid un système de liberté sur la vente des productions, qui s'étend même à celles de la presse; et que, pourvu que je ne parle en mes écrits ni de l'autorité, ni du culte, ni de la politique, ni dé la morale, ni des gens en place, ni des corps en crédit, ni de l'Opéra, ni des autres spectacles, ni de personne qui tienne à quelque chose, je puis tout imprimer librement, sous l'inspection de deux ou trois censeurs. Pour profiter de cette douce liberté, j'annonce un écrit périodique, et, croyant n'aller sur les brisées d'aucun autre, je le nomme Journal inutile. Pou-ou ! je vois s'élever contre moi mille pauvres diables à la feuille, on me supprime, et me voilà derechef sans emploi ! - Le désespoir m'allait saisir; on pense à moi pour une place, mais par malheur j'y étais propre : il fallait un calculateur, ce fut un danseur qui l'obtint. Il ne me restait plus qu'à voler; je me fais banquier de pharaon : alors, bonnes gens ! je soupe en ville, et les personnes dites comme il faut m'ouvrent poliment leur maison, en retenant pour elles les trois quarts du profit. J'aurais bien pu me remonter; je commençais même à comprendre que, pour gagner du bien, le savoir-faire vaut mieux que le savoir. Mais comme chacun pillait autour de moi, en exigeant que je fusse honnête, il fallut bien périr encore. Pour le coup je quittais le monde, et vingt brasses d'eau m'en allaient séparer, lorsqu'un dieu bienfaisant m'appelle à mon premier état. Je reprends ma trousse et mon cuir anglais; puis, laissant la fumée aux sots qui s'en nourrissent, et la honte au milieu du chemin, comme trop lourde à un piéton, je vais rasant de ville en ville, et je vis enfin sans souci.
     Beaumarchais 1732-1799
par Mes Dés publié dans : Lumières
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Vendredi 27 octobre 2006
                    
Les autres hommes sont déterminés à agir sans sentir, ni connaître les causes qui les font mouvoir, sans même songer qu'il y en ait. Le philosophe au contraire démêle les causes autant qu'il est en lui, & souvent même les prévient, & se livre à elles avec connaissance : c'est une horloge qui se monte, pour ainsi dire, quelquefois elle-même. Ainsi il évite les objets qui peuvent lui causer des sentiments qui ne conviennent ni au bien-être, ni à l'être raisonnable, & cherche ceux qui peuvent exciter en lui des affections convenables à l'état où il se trouve. La raison est à l'égard du philosophe, ce que la grâce est à l'égard du chrétien. La grâce détermine le chrétien à agir ; la raison détermine le philosophe.
Les autres hommes sont emportés par leurs passions, sans que les actions qu'ils font soient précédées de la réflexion : ce sont des hommes qui marchent dans les ténèbres ; au lieu que le philosophe dans ses passions mêmes, n'agit qu'après la réflexion ; il marche la nuit, mais il est précédé d'un flambeau.
Le philosophe forme ses principes sur une infinité d'observations particulières. Le peuple adopte le principe sans penser aux observations qui l'ont produit : il croit que la maxime existe pour ainsi dire par elle-même ; mais le philosophe prend la maxime dès sa source ; il en examine l'origine ; il en connaît la propre valeur, & n'en fait que l'usage qui lui convient.
La vérité n'est pas pour le philosophe une maîtresse qui corrompe son imagination, & qu'il croie trouver partout ; il se contente de la pouvoir démêler où il peut l'apercevoir. Il ne la confond point avec la vraisemblance ; il prend pour vrai ce qui est vrai, pour faux ce qui est faux, pour douteux ce qui est douteux, & pour vraisemblable ce qui n'est que vraisemblable. Il fait plus, & c'est ici une grande perfection du philosophe, c'est que lorsqu'il n'a point de motif propre pour juger, il sait demeurer indéterminé.
Le monde est plein de personnes d'esprit & de beaucoup d'esprit, qui jugent toujours ; toujours ils devinent, car c'est deviner que de juger sans sentir quand on a le motif propre du jugement. Ils ignorent la portée de l'esprit humain ; ils croient qu'il peut tout connaître : ainsi ils trouvent de la honte à ne point prononcer de jugement, & s'imaginent que l'esprit consiste à juger. Le philosophe croit qu'il consiste à bien juger : il est plus content de lui-même quand il a suspendu la faculté de se déterminer que s'il s'était déterminé avant d'avoir senti le motif propre à la décision. Ainsi il juge & parle moins, mais il juge plus sûrement & parle mieux ; il n'évite point les traits vifs qui se présentent naturellement à l'esprit par un prompt assemblage d'idées qu'on est souvent étonné de voir unies. C'est dans cette prompte liaison que consiste ce que communément on appelle esprit ; mais aussi c'est ce qu'il recherche le moins, il préfère à ce brillant le soin de bien distinguer ses idées, d'en connaître la juste étendue & la liaison précise, & d'éviter de prendre le change en portant trop loin quelque rapport particulier que les idées ont entre elles. C'est dans ce discernement que consiste ce qu'on appelle jugement & justesse d'esprit : à cette justesse se joignent encore la souplesse & la netteté. Le philosophe n'est pas tellement attaché à un système, qu'il ne fente toute la force des objections. La plupart des hommes sont si fort livrés à leurs opinions, qu'ils ne prennent pas seulement la peine de pénétrer celles des autres. Le philosophe comprend le sentiment qu'il rejette, avec la même étendue & la même netteté qu'il entend celui qu'il adopte.
L'esprit philosophique est donc un esprit d'observation & de justesse, qui rapporte tout à ses véritables principes ; mais ce n'est pas l'esprit seul que le philosophe cultive, il porte plus loin son attention & ses soins.
L'homme n'est point un monstre qui ne doive vivre que dans les abîmes de la mer, ou dans le fond d'une forêt : les seules nécessités de la vie lui rendent le commerce des autres nécessaire ; & dans quelque état où il puisse se trouver, ses besoins & le bien être l'engagent à vivre en société. Ainsi la raison exige de lui qu'il connaisse, qu'il étudie, & qu'il travaille à acquérir les qualités sociables.
Notre philosophe ne se croit pas en exil dans ce monde ; il ne croit point être en pays ennemi ; il veut jouir en sage économe des biens que la nature lui offre ; il veut trouver du plaisir avec les autres : & pour en trouver, il en faut faire : ainsi il cherche à convenir à ceux avec qui le hasard ou son choix le font vivre ; & il trouve en même temps ce qui lui convient : c'est un honnête homme qui veut plaire & se rendre utile.
  Dumarsais 1676-1756
Anthologie pages 262 266
par Mes Dés publié dans : Lumières
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