Écrire pour produire la lumière dont j’ai besoin.

Écrire pour m’inventer, me créer, me faire exister.

Écrire pour soustraire des instants de vie à l’érosion du temps.

Écrire pour devenir plus fluide. Pour apprendre à mourir au terme de chaque instant. Pour faire que la mort devienne une compagne de chaque jour.

Écrire pour donner sens à ma vie. Pour éviter qu’elle ne demeure comme une terre en friche.

Écrire pour affirmer certaines valeurs face aux égarements d’une société malade.

la suite

  Un texte de Charles Juliet 

Vendredi 22 juin 2007
par L'empoisonneuse publié dans : méthodologie
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Jeudi 21 juin 2007


Parce que je m'intéresse à la façon dont on met le monde en musée, en particulier le monde des Autres, dans ce que j'appelle les musées des Autres. Mais, au-delà des musées, je cherche à atteindre quelque chose de beaucoup plus diffus, le goût des Autres, qui prend toutes sortes de formes culturelles et esthétiques : la world music, Cesaria Evora et le film Buena Vista Social Club , la nourriture ethnique, les écharpes indiennes et la fascination pour le dalaï-lama, le goût des voyages et le mythe des peuples premiers, ce romantisme qui nous fait rechercher avec nostalgie un paradis perdu dans les peuples qu'on postule primitifs, qui seraient préservés de la corruption de notre société, et en même temps menacés par elle. Ce goût, difficile à analyser, est très répandu dans les sociétés occidentales, et chez des gens très différents, quel que soit leur niveau d'éducation. Et le musée m'intéresse parce que c'est un lieu où se cristallise ce goût des Autres, un lieu où on peut l'étudier.
Qu'est-ce qu'un musée des Autres ? 
C'est ce que j'oppose aux musées de Soi. La plupart des musées sont des musées de Soi : en présentant et en mettant en scène les biens qui définissent l'identité d'une collectivité, ils répondent aux questions : «Qui sommes-nous?» et «D'où venons-nous?» . Ce sont les grands musées d'art, d'histoire ou d'archéologie, ce peut aussi être un musée municipal qui expose des silex, des restes de mosaïque et d'armes de l'âge du bronze trouvés dans la région, ou, très typique de ces musées du Soi, le Musée alsacien de Strasbourg, créé par des Alsaciens francophiles au moment de l'occupation allemande de 1870. Et puis, il y a ces musées beaucoup plus bizarres, les musées des Autres, qui ne répondent pas à la question «Qui sommes-nous?» , mais à : «Qui sont les Autres ?», en exposant les objets rapportés par les missionnaires, les explorateurs et les militaires. C'est largement à partir du classement de ces objets qu'est née l'ethnologie. Au départ, ces musées étaient autant des musées d'histoire coloniale que d'ethnologie, comme par exemple le musée de la France d'Outremer (situé dans le musée permanent des Colonies,Porte Dorée), devenu en 1960 musée des Arts africains et océaniens. Aujourd'hui, ils sont en crise, la notion de musée des Autres ne va plus de soi. Que doit-on en faire ? Les transformer en musées d'arts primitifs ? En musées historiques ? Les fermer ?
Quel sens ces musées prennent-ils dans une époque postcoloniale? 
Le musée de l'Homme, ouvert en 1938, essayait de reconstituer un ensemble de microcosmes, avec des objets «caractéristiques», témoins de différentes civilisations. Il avait créé un monde suspendu hors de l'histoire, qui montrait des Dogons éternels, hors du temps. Il donnait aussi l'image d'un monde colonial pacifié : même quand on exposait des armes, on les présentait comme des armes du passé. Cet univers paisible du musée reflétait la pax gallica que la France faisait régner dans son empire . Le musée de l'Homme restait figé, il y avait un décalage croissant entre ce monde mythique et le monde du dehors que les visiteurs voyaient dans les journaux et à la télévision, plongé dans l'histoire et la violence, dans les guerres coloniales et postcoloniales. Une fois ce constat fait, à la fin du XXe siècle, il y avait plusieurs possibilités. Confrontés à la même situation, les Britanniques ont choisi de créer un musée de l'Empire et du Commonwealth qui montre que la Grande-Bretagne actuelle est le fruit d'une histoire coloniale partagée, y compris dans le conflit. Avec le musée du Quai-Branly et les Arts premiers, la France a fait un choix différent. L'exotisme y prend la forme d'une consommation esthétique de l'altérité et d'une valorisation nostalgique des peuples premiers, présentés comme en harmonie avec la nature.
Vous montrez comment les «peuples traditionnels» sont devenus le symbole de la protestation contre une modernité malfaisante. 
J'ai été frappé de voir qu'il y a dans le monde contemporain des représentations très diffuses, là encore, des «peuples premiers», encore appelés «peuples autochtones» ou «peuples de la nature». Ces représentations ont des formes diverses, mais il y a une croyance commune, ancrée très profondément depuis le XVIe siècle : l'idée du bon sauvage et d'une humanité édénique. En arrivant en Amérique, Colomb a dit : «Dans ces hommes nus, on a l'impression de retrouver une image du paradis .» Ce qui ne l'a pas empêché de réduire ces hommes en esclavage quelques jours plus tard. Cette vision est très présente dans une société industrielle où on cherche des échappatoires. On aime voir dans les Indiens d'Amazonie les derniers hommes vivant harmonieusement dans un monde préservé, des écologistes par nature, qui seraient un espoir de régénération pour l'humanité. Ce mythe, car c'est un mythe, prend des formes très différentes. Il y a la version new age, évoquant une religion première qui n'a en fait de réalité que dans l'esprit de ceux qui l'imaginent, mais aussi des versions néoconservatrices, ou au contraire altermondialistes, qui voient les peuples premiers comme les vecteurs d'une résistance au capitalisme et à la globalisation.
Le danger de ce langage du mythe, c'est qu'il renforce une vision essentialiste parfois caricaturale, où les seuls bons Indiens seraient les Indiens «authentiques». Ceux qui se sont «modernisés» peuvent rester dans leur misère, puisqu'ils ne font rien pour notre désir d'exotisme. En tant qu'anthropologue, j'essaie de rendre ce mythe visible. Peut-être peut-on continuer à le chérir, et tant mieux si les gens continuent à aller au musée Branly et à y trouver quelque chose. Mais il est important de dire : ne croyez pas que vous allez voir des aborigènes ou des Dogons, ce que vous allez faire, c'est vous replonger dans la reformulation mythique d'une humanité des origines.
En France, on a un double langage face à la «diversité culturelle»? 
Le message que la France veut envoyer au monde, notamment à travers le musée Branly, c'est : «la diversité culturelle, c'est bien.» Le discours prononcé par Jacques Chirac à l'ouverture du musée était un hymne à la diversité culturelle. En même temps, les marqueurs de différence comme le foulard, au sein de l'école en particulier, sont refusés : on retrouve la tradition de l'universalisme assimilationniste dans le vocabulaire de l'intégration : pour être français, il faut adopter les signes extérieurs de l'«identité française».
Bien sûr, le débat sur le foulard a d'autres dimensions, mais certains des arguments, notamment la façon dont le corps et le statut de la femme sont problématisés, rappellent furieusement les arguments des années 30. Lors de l'Exposition coloniale de 1931, un congrès a consacré une journée entière à se demander comment améliorer le statut des femmes dans les colonies. Il y avait dans l'entre-deux-guerres, au moins au niveau du discours, une préoccupation constante du pouvoir colonial pour le statut des femmes comme marqueur du niveau de civilisation.
Vous dites que les musées sont censés tenir à distance le côté menaçant des Autres. 
Qu'il s'agisse du musée Branly ou des musées nord-américains, tous mettent en avant un côté harmonieux, pacifié, esthétisé, de l'Autre. Il y a un véritable contraste entre cette altérité du musée, lisse, prête à consommer. Et les autres figures de l'altérité, celles qui apparaissent dans les médias et qui font peur, en particulier l'altérité incarnée par le terrorisme islamiste, associé à des silhouettes sans visage, que ce soit le terroriste masqué ou la femme en burqa. Quand on sait que la reconnaissance de l'humanité passe par le visage, cet Autre est d'autant plus menaçant que son visage ne peut être vu. Encore une fois, je suis frappé par cette opposition entre l'altérité du musée, menacée par la civilisation, domestiquée et à protéger, et l'altérité du dehors, sauvage et menaçante. 
Un nouveau type de musée pourrait donner autre chose à voir ? 
A partir des collections, au lieu de jouer sur la différence et le mythe, on pourrait montrer comment ces objets ont, dès le départ, été pris dans des relations sociales. Ce que l'ethnologie peut montrer, c'est que ces objets sont des noeuds de relations. Relations entre les hommes, ou entre les hommes et les puissances surnaturelles, dans les groupes d'origine. Relations dans la situation coloniale, relations dans le parcours des objets jusqu'au musée et, après encore, dans la valorisation qu'en font certains artistes. En mettant l'accent sur ces relations, il ne s'agit pas d'escamoter la dimension de violence qu'elles ont pu avoir. La colonisation a été une entreprise largement violente, mais elle n'a pas été que cela. Les relations étaient complexes mais, localement, il y a eu des arrangements. Le monde dans lequel nous vivons aujourd'hui est un mélange de violence et d'aspiration à des relations pacifiques entre les cultures. Revenir sur l'histoire des relations passées pourrait aider à comprendre ce monde et, peut-être, à mieux y vivre.
par L'empoisonneuse publié dans : argumentation
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Jeudi 21 juin 2007
«Ce romantisme qui nous fait rechercher avec nostalgie un paradis perdu dans les peuples qu'on postule primitifs.»
A d' autres !
On consacre des musées aux cultures d'ailleurs, on pense valoriser les différences. On ne fait que perpétuer la mise en scène du même mythe.
Par Natalie LEVISALLES
QUOTIDIEN : jeudi 21 juin 2007
Benoît de l'Estoile Le Goût des Autres. De l'Exposition coloniale aux Arts premiers Flammarion, 454 pp., 28 €



Benoît de l'Estoile est anthropologue, il a 40 ans. Ancien élève de l'Ecole normale supérieure, il a passé un certain temps au Brésil, dans la favela Fallet, à Rio, puis dans le Nordeste, où il s'est intéressé aux effets de la réforme agraire sur la population. «Qu'est-ce que ça veut dire quand l'univers dans lequel vous vivez est complètement bouleversé ?» C'est parce qu'il a ensuite monté sur place une exposition à partir de ce travail de terrain qu'il a commencé à s'intéresser aux musées. Il avait aussi fait une thèse sur les rapports entre l'anthropologie britannique et les savoirs coloniaux.Les rapports entre l'anthropologie (ou l'ethnologie) et l'univers colonial sont au coeur du Goût des Autres , de même que les musées ethnologiques. A le lire, on a l'impression que l'auteur connaît les musées ethnologiques du monde entier, de Londres à Vienne, en passant par Mexico ou Chicago. Et bien sûr Paris, où se trouvent le musée de l'Homme et le musée des Arts premiers du Quai-Branly, deux endroits où le «goût des Autres», c'est-à-dire le goût pour les Autres, a été mis en scène (et en ordre), quoique de manières totalement différentes.
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Le goût des Autres semble une constante de l'esprit occidental, y compris avec la «pulsion cannibale», le désir d'incorporer, qui l'accompagne souvent. Des spécimens (vivants) de Peaux-Rouges ramenés d'Amérique par les voyageurs des Indes occidentales à la mise en scène ultra-esthétisante du musée du Quai-Branly, notre goût des Autres ne s'est jamais démenti. Même s'il a beaucoup varié dans son expression, et même si nous hésitons devant le sens de certaines de ses manifestations. Prenez par exemple les groupes d'hommes (et de femmes), originaires du Maroc, de Tunisie ou d'Afrique équatoriale, installés sur les pelouses de Vincennes pour l'édification et l'éducation des Parisiens pendant l'Exposition coloniale de 1931, exhibition que certains ont appelée «zoos humains». Si on ne retient que le modèle du «zoo humain», dit Benoît de l'Estoile, on passe à côté de la complexité des discours sur l'Autre. Certes, il y a le discours qu'il appelle «évolutionniste», et qui consiste globalement à dire qu'il y a des races attardées (les Autres) et des races évoluées (Nous) et que les plus évolués ont le devoir d'aider les plus attardés à accéder à la civilisation. C'est le discours de légitimation de la colonisation. Ce n'est pas le seul, il y a aussi le discours «différentialiste», tenu par des hommes comme le maréchal Lyautey, le colonisateur du Maroc, qui pensait qu'il ne fallait pas parler en termes de hiérarchies mais de différences, et que la différence était une valeur à préserver. D'où les reconstitutions grandioses et du temple d'Angkor et de la mosquée de Djenné pendant l'exposition de 1931. D'où aussi l'encouragement donné aux artisans marocains pour qu'ils fabriquent leurs poteries et tissages traditionnels, au lieu de copier ce qui se faisait en France. Il y a le «primitivisme» enfin qui, pour faire vite, peut être défini comme la manière dont certains artistes occidentaux ont repris à leur compte les formes non européennes à la fois comme supports de fantasmes et comme «leviers pour changer l'art» . L'idée sous-jacente étant que l'art des Autres est plus puissant parce qu'en lien plus direct avec la nature, les origines et le sacré. Malraux, rappelle Benoît de l'Estoile, disait : «L'arrière-plan d'une biennale d'art contemporain, c'est le musée de l'Homme.» 
 
Pour qu'il y ait des musées, il faut qu'il y ait des objets à mettre dedans. Plus encore que dans n'importe quel musée, l'origine des objets est ici un sujet délicat, puisque, c'est un euphémisme, la collecte a souvent été brutale. Bien sûr, certains des objets ont été achetés ou échangés, mais d'autres ont simplement été volés, ou «trouvés», sans qu'on se demande à qui ils appartenaient. Si le statut de ces objets peut sembler réglé une fois qu'ils sont dans les vitrines (ou dans les réserves) des musées, en fait, il n'en est rien. Depuis dix ou quinze ans, les descendants (réels ou autoproclamés tels) des populations chez qui ces objets ont été trouvés les réclament aux musées. «Les objets des Autres détenus chez nous sont désormais revendiqués comme symboles d'un Nous.» On a ainsi vu récemment une troupe de néo-Aztèques danser devant le musée de Vienne (Autriche) pour réclamer la coiffe de l'empereur Moctezuma.
 
En examinant toutes les facettes du goût des Autres, et leur matérialisation dans les musées ethnologiques, l'anthropologue analyse la manière dont l'Occident s'est construit une vision mythique de l'Autre, Amérindien par exemple, comme ayant échappé à l'influence dégradante de la civilisation. Mais il nous montre aussi un intéressant effet en retour : comment les représentants des dits «peuples premiers» ont bien compris les bénéfices qu'ils pouvaient tirer en reprenant à leur compte le statut mythique qui leur est attribué par les Occidentaux. Résultat, on voit maintenant émerger de partout (Afrique, Amérique du Sud, Asie) une «rhétorique «mondialisée» mêlant revendication foncière, proclamation de fidélité aux traditions et discours sur la protection de la nature, dans un langage poétique et empreint de références au sacré» . Benoît de l'Estoile pose en fait la question de l'existence même des musées des Autres. Alors qu'ils ont longtemps été la forme la plus structurée, la plus organisée, du voyage vers l'altérité, à une époque où les flux de populations Sud/Nord et Nord/Sud sont incessants, et surtout quand l'Autre habite chez nous, «quel sens prend la proposition d'un voyage de découverte des Autres ?» 
par L'empoisonneuse publié dans : argumentation
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Lundi 18 juin 2007
par L'empoisonneuse
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Dimanche 17 juin 2007
Dépannage pour les paresseux ou les angoissés


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par L'empoisonneuse publié dans : premiere-aile
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