Xavier Darcos, un enseignant à l'Education

AP | 18.05.2007 | 11:03

Nommé ministre de l'Education nationale du gouvernement Fillon, Xavier Darcos, 59 ans, retrouve un portefeuille dans un monde qu'il connaît bien. Ancien professeur de lettres, inspecteur général de l'Education et directeur de cabinet de François Bayrou au ministère de l'Education, le maire de Périgueux (Dordogne) a été ministre délégué à l'Enseignement scolaire de Jean-Pierre Raffarin.

Après l'élection de Jacques Chirac en 2002, ce proche d'Alain Juppé -il a été son conseiller éducation à Matignon en 1995-1997- a été le bras droit de Luc Ferry à l'Education nationale, avec qui il entretenait des rapports tendus, avant de devenir ministre délégué à la Coopération, au développement et à la francophonie en 2004.

A l'Enseignement scolaire, il avait déclenché la polémique en novembre 2002 en proposant d'équiper "les établissements scolaires les plus sensibles de clôtures". Un an plus tard, il avait relancé le débat sur le port de l'uniforme et le vouvoiement à l'école. Il avait également jugé "nécessaire" la loi interdisant le port de signes religieux dans les écoles publiques.

Battu aux élections régionales en tête de la liste UMP en Aquitaine en 2004, cet ancien sénateur a été réélu maire de Périgueux en septembre 2005. Depuis juin 2005, il est ambassadeur, représentant permanent de la France auprès de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).

Né le 14 juillet 1947 à Limoges, Xavier Darcos a fait ses études secondaires à Périgueux où son père Jean-Gabriel Darcos fut trésorier-payeur général du département, puis premier adjoint du maire RPR Yves Guéna. C'est à ce dernier, parti au Conseil constitutionnel, que Xavier Darcos succédera à la mairie en 1997.

Agrégé de lettres, titulaire d'un doctorat de troisième cycle d'études latines et d'un doctorat d'Etat ès lettres et sciences humaines, Xavier Darcos a longtemps enseigné ces disciplines au lycée, à Périgueux (1972-1981), Bordeaux (1982-1987) et au lycée Louis-le-Grand à Paris (1987-1992). Il a également été professeur associé de littérature comparée à l'Université de Sorbonne-Paris IV (1996-1999).

Passionné de musique classique et d'art contemporain, Xavier Darcos est par ailleurs l'auteur de plusieurs ouvrages d'études littéraires, dont une "Histoire de la littérature française", plusieurs essais sur l'école dont "L'Ecole de Jules Ferry" et une biographie de Prosper Mérimée. AP


ah moi qui avais oublié le nom de Gilles de Robien !


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Vendredi 18 mai 2007
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avaffiche.jpgUne actrice, Lechy Elbernon, explique ce qu'est le théâtre à la jeune et naive Marthe, qui ignore tout de l'art dramatique.

LECHY ELBERNON. — Je les regarde, et la salle n'est rien que de la chair vivante et habillée. Et ils garnissent les murs comme des mouches, jusqu'au plafond.

Et je vois des centaines de visages blancs.

L'homme s'ennuie, et l'ignorance lui est attachée depuis sa naissance.

Et ne sachant de rien comment cela commence ou finit, c'est pour cela qu'il va au théâtre.

 

Paul Claudel [ (1868-1955), L'Échange, Acte 1, 1951, Mercure de France

Depuis toujours, l'affaire du théâtre, comme d'ailleurs de tous les autres arts, est de divertir les gens. Cette affaire lui confère toujours sa dignité particulière ; il n'a besoin d'aucune autre justification que l'amusement, mais de celui-ci absolument. En aucune façon on ne pourrait le hisser à un niveau plus élevé si on faisait, par exemple, une foire à la morale ; il lui faudrait alors plutôt veiller à ne pas être précisément abaissé, ce qui se produirait aussitôt s'il ne se rendait réjouissant pour les sens — ce qui ne peut d'ailleurs que profiter à l'argument moral. Même d'enseigner, on ne devrait pas le lui demander, en tout cas rien de plus utile que la manière d'éprouver la jouissance de se mouvoir, sur le plan physique ou intellectuel. Le théâtre doit, en effet, pouvoir rester quelque chose de tout à fait superflu. Rien n'a moins besoin de défenseurs que les réjouissances.

Bertold Brecht (1898-1956), Petit Organon pour le théâtre- © Éditions de l'Arche, 1963

 

 

 

Le théâtre n'est pas le langage des idées. Quand il veut se faire le véhicule des idéologies, il ne peut être que leur vulgarisateur. Il les simplifie dangereusement. Il les rend primaires, les rabaisse. Il devient « naïf » niais dans le mauvais sens. Tout théâtre d'idéologie risque de n'être que théâtre de patronage'. Quelle serait, non son utilité, mais sa fonction propre si le théâtre était condamné à faire double emploi avec la philosophie, ou la théologie, ou la politique, ou la pédagogie ?

Eugène Ionesco (1909-1994), , Expérience du théâtre Notes et contre notes Editions Gallimard

1. oeuvre de bienfaisance, qui propose des activités éducatives aux enfants (l'expression désigne ici un théâtre sans valeur artistique diffusant des idées sommaires et naïves).

 

 

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Mercredi 16 mai 2007
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avaffichefem.jpgVictor Hugo dans son lyrisme :


On lui [à l’auteur] pardonnera de ne point insister davantage sur le côté purement esthétique de son ouvrage. Il est tout un autre ordre d’idées, non moins hautes selon lui, qu’il voudrait avoir le loisir de remuer et d’approfondir à l’occasion de cette pièce de Lucrèce Borgia. À ses yeux, il y a beaucoup de questions sociales dans les questions littéraires, et toute oeuvre est une action. Voilà le sujet sur lequel il s’étendrait volontiers, si l’espace et le temps ne lui manquaient. Le théâtre, on ne saurait trop le répéter, a de nos jours une importance immense, et qui tend à s’accroître sans cesse avec la civilisation même. Le théâtre est une tribune. Le théâtre est une chaire. Le théâtre parle fort et parle haut. […]

L’auteur de ce drame sait combien c’est une grande et sérieuse chose que le théâtre. Il sait que le drame, sans sortir des limites impartiales de l’art, a une mission nationale, une mission sociale, une mission humaine. Quand il voit chaque soir ce peuple si intelligent et si avancé qui a fait de Paris la cité centrale du progrès, s' entasser en foule devant un rideau que sa pensée, à lui chétif poète, va soulever le moment d' après, il sent combien il est peu de chose, lui, devant tant d' attente et de curiosité ; il sent que si son talent n' est rien, il faut que sa probité soit tout ; il s' interroge avec sévérité et recueillement sur la portée philosophique de son oeuvre ; car il se sait responsable, et il ne veut pas que cette foule puisse lui demander compte un jour de ce qu' il lui aura enseigné. Le poète aussi a charge d’âmes. Il ne faut pas que la multitude sorte du théâtre sans emporter avec elle quelque moralité austère et profonde. Aussi espère-t-il bien, dieu aidant, ne développer jamais sur la scène (du moins tant que dureront les temps sérieux où nous sommes), que des choses pleines de leçons et de conseils. Il fera toujours apparaître volontiers le cercueil dans a salle du banquet, la prière des morts à travers les refrains de l’orgie, la cagoule à côté du masque.

Il laissera quelquefois le carnaval débraillé chanter tue-tête sur l’avant-scène ; mais il lui criera du fond du théâtre. Il sait bien que l' art seul, l' art pur, l' art proprement dit, n' exige pas tout cela du poète, mais il pense qu' au théâtre surtout il ne suffit pas de remplir seulement les conditions de l' art. Et quant aux plaies et aux misères de l’humanité, toutes les fois qu’il les étalera dans le drame, il tâchera de jeter sur ce que ces nudités-là auraient de trop odieux le voile d’une idée consolante et grave. Il ne mettra pas Marion De Lorme sur la scène, sans purifier la courtisane avec un peu d’amour ; il donnera à Triboulet le difforme un coeur de père ; il donnera à Lucrèce la monstrueuse des entrailles de mère. Et de cette façon, sa conscience se reposera du moins tranquille et sereine sur son oeuvre. Le drame qu’il rêve et qu’il tente de réaliser pourra toucher à tout sans se souiller à rien. Faites circuler dans toute une pensée morale et compatissante, et il n' y a plus rien de difforme ni de repoussant. A la chose la plus hideuse mêlez une idée religieuse, elle deviendra sainte et pure. Attachez Dieu au gibet, vous avez la croix.


12 février 1833.

Préface de Lucrèce Borgia

 

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Mercredi 16 mai 2007
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La réponse de Rousseau à d'Alembert

- Lettre à d'Alembert sur les spectacles (1758)

 

Quant à l'espèce des Spectacles, c'est nécessairement le plaisir qu'ils donnent, & non leur utilité, qui la détermine . Si l'utilité peut s'y trouver, à la bonne heure; mais l'objet principal est de plaire, &, pourvu que le Peuple s'amuse, cet objet est assez rempli. Cela seul empêchera toujours qu'on ne puisse donner à ces fortes d'etablissemens tous les avantages dont ils seraient susceptibles, & c'est s'abuser beaucoup quel de s'en former une idée de perfection, qu'on ne saurait mettre en pratique, sans rebuter ceux qu'on croit instruire . Voilà d'où naît la diversité des Spectacles, selon les goûts divers des nations. Un Peuple intrépide, grave & cruel, veut des fêtes meurtrières& périlleuses, où brillent la valeur & le sens-froid. Un Peuple féroce & bouillant veut du sang, des combats, des passions atroces. Un Peuple voluptueux veut de la musique & des danses. Un Peuple galant veut de l'amour de la politesse. Un Peuple badin veut de la plaisanterie & du ridicule.Trahit sua quelque voluptas . Il faut, pour leur plaire, des Spectacles qui favorisent leurs penchants, au lieu qu'il en faudrait qui les modérassent.

 

La Scène, en général, est un tableau des passions humaines, dont l'original est dans tous les coeurs : mais si le Peintre n'avait soin de flatter ces passions, les Spectateurs seraient bientôt rebutés, & ne voudraient plus se voir sous un aspect qui les fit mépriser d'eux-mêmes. Que s'il donne à quelques-unes des couleurs odieuses, c'est seulement à celles qui ne sont point générales, & qu'on hait, naturellement. Ainsi l'Auteur ne fait encore en cela que suivre le sentiment du public; & alors ces passions de rebut sont toujours employées à en faire valoir d'autres, sinon plus légitimes, du moins plus au gré des Spectateurs. Il n'y a que la raison qui ne soit bonne à rien sur la Scène. Un homme sans passions, ou qui les dominerait toujours, n'y saurait intéresser personne; & l'on a déjà remarqué qu'un Stoïcien dans la Tragédie, serait un personnage insupportable: dans la Comédie, il ferait rire, tout au plus.

 

Qu'on n'attribue donc pas au Théâtre le pouvoir de changer des sentiments ni des moeurs qu'il ne peut que suivre & embellir. Un Auteur qui voudroit heurter le goût général, composerait bientôt pour lui-seul. Quand Moliere corrigea la Scène comique, il attaqua des modes, des ridicules; mais il ne choqua pas pour cela le goût du public,*[* Pour peu qu'il anticipât, ce Moliere lui-même avait peine à se soutenir; le plus parfait de ses ouvrages tomba dans sa naissance, parce qu'il le donna trop tôt, & que le public n'étoit pas mur encore pour le Misanthrope.


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Mercredi 16 mai 2007
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D'Alembert dans l'article GENEVE


On ne souffre point à Genève de comédie; ce n'est pas qu'on y désapprouve les spectacles en eux - mêmes, mais on craint, dit - on, le goût de parure, de dissipation & de libertinage que les troupes de comédiens répandent parmi la jeunesse. Cependant ne serait- il pas possible de remédier à cet inconvénient, par des lois sévères& bien exécutées sur la conduite des comédiens? Par ce moyen Genève aurait des spectacles & des moeurs, & jouirait de l'avantage des uns & des autres: les représentations théâtrales formeraient le goût des citoyens, & leur donneraient une finesse de tact, une délicatesse de sentiment qu'il est très - difficile d'acquérir sans ce secours; la littérature en profiterait, sans que le libertinage fit des progrès, & Genève réunirait à la sagesse de Lacédémone la politesse d'Athènes. Une autre considération digne d'une république si sage & si éclairée, devrait peut - être l'engager à permettre les spectacles. Le préjugé barbare contre la profession de comédien, l'espèce d'avilissement où nous avons mis ces hommes si nécessaires au progrès & au soutien des Arts, est certainement une des principales causes qui contribue au dérèglement que nous leur reprochons: ils cherchent à se dédommager par les plaisirs, de l'estime que leur état ne peut obtenir. Parmi nous, un comédien qui a des moeurs est doublement respectable; mais à peine lui en sait- on quelque gré. Le traitant qui insulte à l'indigence publique & qui s'en nourrit, le courtisan qui rampe, & qui ne paye point ses dettes, voilà l'espèce d'hommes que nous honorons le plus.

Si les comédiens étaient non - seulement soufferts à Genève, mais contenus d'abord par des règlement sages, protégés ensuite, & même considérés dès qu'ils en seraient dignes, enfin absolument placés sur la même ligne que les autres citoyens, cette ville aurait bientôt l'avantage de posséder ce qu'on croit si rare, & ce qui ne l'est que par notre faute, une troupe de comédiens estimable. Ajoutons que cette troupe deviendrait bientôt la meilleure de l'Europe: plusieurs personnes pleines de goût & de disposition pour le théâtre, & qui craignent de se déshonorer parmi nous en s'y livrant, accourraient à Genève, pour cultiver non - seulement sans honte, mais même avec estime, un talent si agréable & si peu commun. Le séjour de cette ville, que bien des François regardent comme triste par la privation des spectacles, deviendrait alors le séjour des plaisirs honnêtes, comme il est celui de la Philosophie & de la liberté; & les étrangers ne seraient plus surpris de voir que dans une ville où les spectacles décent & réguliers sont défendus, on permette des farces grossières& sans esprit, aussi contraires au bon goût qu'aux bonnes moeurs. Ce n'est pas tout: peu - à - peu l'exemple des comédiens de Genève, la régularité de leur conduite, & la considération dont elle les ferait jouir, serviraient de modèle aux comédiens des autres nations, & de leçon à ceux qui les ont traités jusqu'ici avec tant de rigueur& même d'inconséquence. On ne les verrait pas d'un côté pensionnés par le gouvernement, & de l'autre un objet d'anathème; nos prêtres perdraient l'habitude de les excommunier, & nos bourgeois de les regarder avec mépris; & une petite république aurait la gloire d'avoir réformé l'Europe sur ce point, plus important peut - être qu'on ne pense.

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Mercredi 16 mai 2007
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PREMIER PLACET PRÉSENTÉ AU ROI

SUR LA COMÉDIE DU TARTUFFE

Sire,

Le devoir de la comédie étant de corriger les hommes en les divertissant, j'ai cru que, dans l'emploi ou je me trouve, je n'avais rien de mieux à faire que d'attaquer par des peintures ridicules les vices de mon siècle; et, comme l'hypocrisie, sans doute, en est un des plus en usage, des plus incommodes et des plus dangereux, j'avais eu, Sire, la pensée que je ne rendrais pas un petit service à tous les honnêtes gens de votre royaume, si je faisais une comédie qui décriât les hypocrites, et mît en vue, comme il faut, toutes les grimaces étudiées de ces gens de bien à outrance, toutes les friponneries couvertes de ces faux-monnayeurs en dévotion, qui veulent attraper les hommes avec un zèle contrefait et une charité sophistique.

Je l'ai faite, Sire, cette comédie, avec tout le soin, comme je crois, et toutes les circonspections que pouvait demander la délicatesse de la matière; et, pour mieux conserver l'estime et le respect qu'on doit aux vrais dévots, j'en ai distingué le plus que j'ai pu le caractère que j'avais à toucher. Je n'ai point laissé d'équivoque, j'ai ôté ce qui pouvait confondre le bien avec le mal, et ne me suis servi dans cette peinture que des couleurs expresses et des traits essentiels qui font reconnaître d'abord un véritable et franc hypocrite.

Cependant toutes mes précautions ont été inutiles. On a profité, Sire, de la délicatesse de votre âme sur les matières de religion, et l'on a su vous prendre par l'endroit seul que vous êtes prenable, je veux dire par le respect des choses saintes. Les tartuffes, sous main, ont eu l'adresse de trouver grâce auprès de Votre Majesté; et les originaux enfin ont fait supprimer la copie, quelque innocente qu'elle fût, et quelque ressemblante qu'on la trouvât.

http://www.toutmoliere.net/oeuvres/index.html


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Mercredi 16 mai 2007
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