«Ce romantisme qui nous fait rechercher avec nostalgie un paradis perdu dans les peuples qu'on postule primitifs.»
A d' autres !
On consacre des musées aux cultures d'ailleurs, on pense valoriser les différences. On ne fait que perpétuer la mise en scène du même mythe.
Par Natalie LEVISALLES
QUOTIDIEN : jeudi 21 juin 2007
Benoît de l'Estoile Le Goût des Autres. De l'Exposition coloniale aux Arts premiers Flammarion, 454 pp., 28 €



Benoît de l'Estoile est anthropologue, il a 40 ans. Ancien élève de l'Ecole normale supérieure, il a passé un certain temps au Brésil, dans la favela Fallet, à Rio, puis dans le Nordeste, où il s'est intéressé aux effets de la réforme agraire sur la population. «Qu'est-ce que ça veut dire quand l'univers dans lequel vous vivez est complètement bouleversé ?» C'est parce qu'il a ensuite monté sur place une exposition à partir de ce travail de terrain qu'il a commencé à s'intéresser aux musées. Il avait aussi fait une thèse sur les rapports entre l'anthropologie britannique et les savoirs coloniaux.Les rapports entre l'anthropologie (ou l'ethnologie) et l'univers colonial sont au coeur du Goût des Autres , de même que les musées ethnologiques. A le lire, on a l'impression que l'auteur connaît les musées ethnologiques du monde entier, de Londres à Vienne, en passant par Mexico ou Chicago. Et bien sûr Paris, où se trouvent le musée de l'Homme et le musée des Arts premiers du Quai-Branly, deux endroits où le «goût des Autres», c'est-à-dire le goût pour les Autres, a été mis en scène (et en ordre), quoique de manières totalement différentes.
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Le goût des Autres semble une constante de l'esprit occidental, y compris avec la «pulsion cannibale», le désir d'incorporer, qui l'accompagne souvent. Des spécimens (vivants) de Peaux-Rouges ramenés d'Amérique par les voyageurs des Indes occidentales à la mise en scène ultra-esthétisante du musée du Quai-Branly, notre goût des Autres ne s'est jamais démenti. Même s'il a beaucoup varié dans son expression, et même si nous hésitons devant le sens de certaines de ses manifestations. Prenez par exemple les groupes d'hommes (et de femmes), originaires du Maroc, de Tunisie ou d'Afrique équatoriale, installés sur les pelouses de Vincennes pour l'édification et l'éducation des Parisiens pendant l'Exposition coloniale de 1931, exhibition que certains ont appelée «zoos humains». Si on ne retient que le modèle du «zoo humain», dit Benoît de l'Estoile, on passe à côté de la complexité des discours sur l'Autre. Certes, il y a le discours qu'il appelle «évolutionniste», et qui consiste globalement à dire qu'il y a des races attardées (les Autres) et des races évoluées (Nous) et que les plus évolués ont le devoir d'aider les plus attardés à accéder à la civilisation. C'est le discours de légitimation de la colonisation. Ce n'est pas le seul, il y a aussi le discours «différentialiste», tenu par des hommes comme le maréchal Lyautey, le colonisateur du Maroc, qui pensait qu'il ne fallait pas parler en termes de hiérarchies mais de différences, et que la différence était une valeur à préserver. D'où les reconstitutions grandioses et du temple d'Angkor et de la mosquée de Djenné pendant l'exposition de 1931. D'où aussi l'encouragement donné aux artisans marocains pour qu'ils fabriquent leurs poteries et tissages traditionnels, au lieu de copier ce qui se faisait en France. Il y a le «primitivisme» enfin qui, pour faire vite, peut être défini comme la manière dont certains artistes occidentaux ont repris à leur compte les formes non européennes à la fois comme supports de fantasmes et comme «leviers pour changer l'art» . L'idée sous-jacente étant que l'art des Autres est plus puissant parce qu'en lien plus direct avec la nature, les origines et le sacré. Malraux, rappelle Benoît de l'Estoile, disait : «L'arrière-plan d'une biennale d'art contemporain, c'est le musée de l'Homme.» 
 
Pour qu'il y ait des musées, il faut qu'il y ait des objets à mettre dedans. Plus encore que dans n'importe quel musée, l'origine des objets est ici un sujet délicat, puisque, c'est un euphémisme, la collecte a souvent été brutale. Bien sûr, certains des objets ont été achetés ou échangés, mais d'autres ont simplement été volés, ou «trouvés», sans qu'on se demande à qui ils appartenaient. Si le statut de ces objets peut sembler réglé une fois qu'ils sont dans les vitrines (ou dans les réserves) des musées, en fait, il n'en est rien. Depuis dix ou quinze ans, les descendants (réels ou autoproclamés tels) des populations chez qui ces objets ont été trouvés les réclament aux musées. «Les objets des Autres détenus chez nous sont désormais revendiqués comme symboles d'un Nous.» On a ainsi vu récemment une troupe de néo-Aztèques danser devant le musée de Vienne (Autriche) pour réclamer la coiffe de l'empereur Moctezuma.
 
En examinant toutes les facettes du goût des Autres, et leur matérialisation dans les musées ethnologiques, l'anthropologue analyse la manière dont l'Occident s'est construit une vision mythique de l'Autre, Amérindien par exemple, comme ayant échappé à l'influence dégradante de la civilisation. Mais il nous montre aussi un intéressant effet en retour : comment les représentants des dits «peuples premiers» ont bien compris les bénéfices qu'ils pouvaient tirer en reprenant à leur compte le statut mythique qui leur est attribué par les Occidentaux. Résultat, on voit maintenant émerger de partout (Afrique, Amérique du Sud, Asie) une «rhétorique «mondialisée» mêlant revendication foncière, proclamation de fidélité aux traditions et discours sur la protection de la nature, dans un langage poétique et empreint de références au sacré» . Benoît de l'Estoile pose en fait la question de l'existence même des musées des Autres. Alors qu'ils ont longtemps été la forme la plus structurée, la plus organisée, du voyage vers l'altérité, à une époque où les flux de populations Sud/Nord et Nord/Sud sont incessants, et surtout quand l'Autre habite chez nous, «quel sens prend la proposition d'un voyage de découverte des Autres ?» 
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Jeudi 21 juin 2007
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Lundi 18 juin 2007
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Dépannage pour les paresseux ou les angoissés


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Dimanche 17 juin 2007
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Vendredi 15 juin 2007
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A la demande d'un élève de première L qui passe dès lundi matin ! :007:

Aristote et le classement des êtresPour Aristote, l'esclavage n'est pas contre nature. Il existe une inégalité naturelle. Certains hommes naissent capables de se gouverner, de prendre des initiatives et donc il est logique qu'ils soient des citoyens, des hommes libres, des maîtres. Mais d'autres naissent incapables de se conduire seuls. Il est dangereux de les laisser livrés à eux-mêmes. Il est donc utile à l'esclave d'être esclave, c'est pour son bien. L'inégalité naturelle justifie l'esclavage.

 

Montaigne

"Tout cela, c'est un signe très évident que nous ne recevons notre religion qu'à notre façon et par nos mains, et non autrement que comme les autres religions se reçoivent. Nous nous sommes rencontrés au pays où elle était en usage; ou nous regardons son ancienneté ou l'autorité des hommes qui l'ont maintenue; ou craignons les menaces qu'elle attache aux mécréants; ou suivons ses promesses. Ces considérations-là doivent être employées à notre créance, mais comme subsidiaires : ce sont liaisons humaines. Une autre région, d'autres témoins, pareilles promesses et menaces nous pourraient imprimer par même voie une créance contraire.

Nous sommes chrétiens à même titre que nous sommes ou Périgourdins ou Allemands."

 

 

 

Le sacrifice d’Isaac : une mise à l’épreuve

Le jugement de Salomon


Des cannibales Montaigne

 

Or je trouve, pour revenir à mon propos, qu'il n'y a rien de barbare et de sauvage en cette nation, à ce qu'on m'en a rapporté, sinon que chacun appelle barbarie ce qui n'est pas de son usage.

 

L’ethnocentrisme selon Lévi Strauss

 

L'ethnocentrisme apparaît comme l'obstacle majeur à l'étude des autres sociétés. Lévi-Strauss construit ce concept par analogie avec celui d'égocentrisme. L'égocentrisme est cette attitude typique chez les jeunes enfants qui consiste à tout ramener à soi, à voir « je » au centre. Dans l'attitude ethnocentrique, ce n'est plus le « moi » qui est au centre mais l'ethnie c'est-à-dire sa société, sa culture. L'ethnocentrisme se définit donc comme une attitude d'origine inconsciente qui consiste à considérer sa propre société comme un modèle et à voir toute différence par rapport à ce modèle comme un signe d'infériorité.
C'est l'ethnocentrisme qui conduit à parler de sociétés « primitives », comme si certaines sociétés étaient restées à l'état premier, préhistorique, nous seuls étant parvenus par le progrès à l'état civilisé. Lévi-Strauss montre que, parce que notre histoire est surtout caractérisée par un développement des sciences, des techniques et de la puissance économique, nous nous imaginons que les sociétés qui n'ont pas su progresser sur ces trois plans sont des sociétés sans histoire. En réalité, toutes les sociétés ont une histoire, même si celle-ci est différente de la notre. Ainsi, si nous prenions, par exemple, comme critère de développement la parfaite adaptation à un milieu particulièrement hostile, ce ne serait plus les Occidentaux qui seraient considérés comme civilisés mais les Bédouins du désert saharien ou les Inuits de l'Arctique. Si l'on prenait comme critère la connaissance des ressources du corps humain, les plus civilisés seraient les peuples de l'Orient et de l'Extrême-Orient etc. Toute culture peut se prévaloir d'une supériorité selon un critère qui lui est propre mais, comme aucun de ces critères n'est plus pertinent qu'un autre, aucune culture ne peut se considérer comme supérieure aux autres.
Il faut bien voir que l'ethnocentrisme est une attitude spontanée et donc universelle. Lévi-Strauss l'exprime en ces termes : « Le barbare est d'abord l'homme qui croit à la barbarie ». On qualifie en effet de barbare les peuples primitifs sans voir que ceux-ci procèdent exactement de la même manière. Ainsi, dans de nombreuses cultures, seuls les membres de la tribu sont qualifiés d'hommes (ou de « bon », d' « excellents » ou de « complets »), les membres des autres tribus étant appelés « mauvais », « méchants » voire « fantômes » ou « apparitions », dénominations conduisant ainsi jusqu'à leur priver de toute réalité. L'idée d'humanité apparaît donc comme une idée tardive et qui n'est d'ailleurs pas elle-même dénuée d'ethnocentrisme. Lévi-Strauss souligne, par exemple, comment la proclamation de l'égalité naturelle entre les hommes et de la fraternité qui doit les unir sans distinction de races ou de cultures néglige la diversité des cultures et nie en réalité les différences qu'elle n'arrive pas à comprendre. Les cultures sont bien différentes mais non inégales pour autant. Ramener la différence à l'inégalité ou l'égalité à l'identité constituent deux formes d'ethnocentrisme.

 Sepulveda >>>>>Aristote l'ethnocentrisme
Las Casas >>>>>>Montaigne

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Jeudi 14 juin 2007
par L'empoisonneuse ajouter un commentaire
Épreuve écrite de français (définition applicable à compter de la session 2008 des épreuves anticipées)  B.O. n° 46 du 14 décembre 2006.

Comme elle doit se prêter à une évaluation objective des correcteurs, l’écriture d’invention doit se fonder sur des consignes claires et explicites. Elle s’inscrit dans le programme défini par les objets d’étude de la classe de première.
Elle peut prendre des formes variées. Elle peut s’exercer dans un cadre argumentatif :
- article (éditorial, article polémique, article critique, droit de réponse...) ;
- lettre (correspondance avec un destinataire défini dans le libellé du sujet, lettre destinée au courrier des lecteurs, lettre ouverte, lettre fictive d’un des personnages présents dans un des textes du corpus, etc.) ;
- monologue délibératif ; dialogue (y compris théâtral) ; discours devant une assemblée ;
- récit à visée argumentative (fable, apologue...).
Mais, lorsqu’elle concerne le genre narratif, elle peut s’appuyer sur des consignes impliquant les transformations suivantes :
- des transpositions : changements de genre, de registre, ou de point de vue ;
- ou des amplifications : insertion d’une description ou d’un dialogue dans un récit, poursuite d’un texte, développement d’une ellipse narrative...


tavola105.jpg
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Mercredi 13 juin 2007
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