Avignon, le théâtre au coeur
LE MONDE | 04.07.07 | 18h21 • Mis à jour le 04.07.07 | 19h12
En 1947, René Char présente Jean Vilar à ses amis Yvonne et Christian Zervos, qui préparent pour le mois de septembre une grande exposition de peinture dans le Palais des papes d'Avignon. Les Zervos veulent accompagner cette manifestation d'un spectacle. Jean Vilar leur en propose trois, dont Richard II, de Shakespeare, joué dans la Cour d'honneur. Le Festival d'Avignon est né.
Soixante ans plus tard, c'est au tour de René Char d'entrer dans la Cour d'honneur, où Frédéric Fisbach, l'artiste associé, met en scène ses Feuillets d'Hypnos, écrits pendant la Résistance. L'engagement qui fut au coeur de la vie du poète, à qui un hommage est rendu, trouve une résonance dans la programmation de la 61e édition. Il parcourt le champ des combats du XXe siècle, du pire au meilleur.
Jean-Pierre Vincent fait entendre Le Silence des communistes, Frank Castorf revisite Nord, de Céline, Guy Cassiers met en scène Mesfisto for Ever, de Tom Lanoye, adapté du Mephisto de Klaus Mann. Pour sa part, Agnès Varda, auteur des photos qui ont fondé la mémoire du Festival, a choisi de reprendre son installation Hommage aux Justes de France présentée au Panthéon, à Paris.
Agnès Varda reprend également une exposition de 1991, "Je me souviens de Vilar en Avignon". On y verra évidemment les photos de Gérard Philipe et de Jeanne Moreau dans Le Prince de Hombourg, créé en 1951. Jeanne Moreau revient pour un soir dans la Cour en compagnie de Sami Frey. Elle lira Quartett, de Heiner Müller.
Le troisième grand témoin de l'histoire d'Avignon est Pierre Henry, qui a créé la musique de deux ballets de Maurice Béjart, Variations pour une porte et un soupir, et la mythique Messe pour un temps présent. Lui aussi revient, avec Objectif Terre, un "concert manifeste".
A côté de cela, le théâtre retrouve toute sa vigueur dans la Cour d'honneur, où entrent Valère Novarina et Jean-François Sivadier. L'un crée sa nouvelle oeuvre, L'Acte inconnu, tout entier dédié au Verbe, et porté par un acteur d'exception, Dominique Pinon. L'autre met en scène Le Roi Lear, de Shakespeare, dans un esprit de troupe qui se réapproprie le désir de Vilar.
En revanche, il n'y aura pas de ballet au Palais. La danse joue la discrète dans cette édition qui convie seulement Sasha Waltz et Raimund Hoghe.
Si la présence de l'artiste associé, Frédéric Fisbach, s'affiche moins que celle de ses prédécesseurs, Thomas Ostermeier, Jan Fabre et Josef Nadj, elle court souterrainement à travers la programmation. Ainsi, le metteur en scène - et nouveau codirecteur, avec Robert Cantarella, du "104", rue d'Aubervilliers, dans le 19e arrondissement à Paris -, a incité Hortense Archambault et Vincent Baudriller, les jeunes "patrons" d'Avignon, à tourner leur regard vers l'Afrique.
Voici donc Faustin Linyekula et Dieudonné Niangouna. Un fleuve sépare leurs deux pays. Faustin Linyekula vient de la République démocratique du Congo - l'ex-Zaïre - et a été formé par la danse. Dieudonné Niangouna travaille dans sa ville natale, Brazzaville, la capitale de la République du Congo. Ecrits dans le nu de la vie, leurs spectacles nous donnent des nouvelles d'un continent souvent "oublié" d'Avignon.
Rodrigo Garcia puise, lui, dans la vie toute crue. Créé dans son pays natal, l'Argentine, son nouveau spectacle, Bleue. Saignante. A point. Carbonisée, réinvente le carnaval des quartiers défavorisés de Buenos Aires. En contrepoint, son Approche de l'idée de méfiance plonge dans l'intime, cet intime qui est au coeur (politique) d'une nouvelle venue, Eléonore Weber, auteur et metteur en scène de Rendre une vie vivable n'a rien d'une question vaine.
Eléonore Weber est à classer dans les atypiques du Festival, avec Christophe Fiat. Ce performer des mots s'en prend à la génération des baby-boomeur dans La Jeune Fille à la bombe. Tous les deux côtoient des metteurs en scène comme Julie Brochen, Robert Cantarella ou Ludovic Lagarde, qui font entendre Paul Claudel, Robert Garnier ou Peter Verhelst.
Parmi les étrangers, le Polonais Krzysztof Warlikowski est le plus attendu. Il met en scène la grande pièce sur le sida, Angels in America, de Tony Kushner. Cinq heures trente de spectacle : c'est le petit marathon d'Avignon, qui en réserve un de huit heures avec la reprise des Ephémères du Théâtre du Soleil.
Brigitte Salino
Autour de René Char
Claire, de René Char. Mise en scène Alexis Forestier.
A Mérindol, les 7 et 8 ; Châteauneuf-de-Gadagne, les 10 et 11 ; Sault, le 14 ; Tavel, les 19 et 20 ; Oppède, les 23 et 24 ; Avignon, rond-point de la Barthelasse, le 16 ; Avignon, salle
Benoît-XII, les 26 et 27, à 18 heures. Durée : 1 h 15.
René Char, paysages premiers
Exposition. Hôtel de Campredon - Maison René-Char, L'Isle-sur-la-Sorgue. Du 6 juillet au 31 septembre. Tél. : 04-90-38-17-41 et 04-90-38-67-81.
René Char : la rébellion à l'oeuvre.
Textes de René Char choisis par André Velter et lus par Mireille Perrier et Hughes Quester.
Enregistré en public, au Musée Calvet et diffusé en direct par France Culture le 14 de 19 h 30 à 21 heures.
René Char, nom de guerre Alexandre. Film réalisé par Jérôme Prieur.
Cinéma Utopia-Manutention, le 14 à 14 heures (entrée libre).
Du proche au lointain
Frank Castorf (photo ci-dessous) et Rodrigo Garcia manient la provocation, jusqu'au scandale parfois. Argentin d'origine, installé à Madrid depuis 1986, Rodrigo Garcia pratique un théâtre "trash", à l'image de sa vision de la société de consommation. Il vient avec deux spectacles, Bleue. Saignante. A point. Carbonisée, et Approche de l'idée de méfiance. L'Allemand Frank Castorf, directeur de la Volksbühne de Berlin, prend le siècle à bras-le-corps, en revisitant Dostoïevski, Sartre, Döblin ou Boulgakov. Il atteint un point limite dans sa rencontre avec l'histoire en portant à la scène Nord, le roman de Céline.







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